User:Forestier/Loger chez l'habitant 2: Difference between revisions

From Shifti
Jump to navigation Jump to search
Forestier (talk | contribs)
mNo edit summary
Forestier (talk | contribs)
mNo edit summary
 
Line 269: Line 269:


[[user:Forestier/Loger chez l'habitant 3|À suivre]]
[[user:Forestier/Loger chez l'habitant 3|À suivre]]
'''Texte gras'''

Latest revision as of 09:46, 22 May 2009

{{#ifeq: User |User| Loger chez l'habitant... l'habitante | Loger chez l'habitant... l'habitante}}[[Title::{{#ifeq: User |User| Loger chez l'habitant... l'habitante | Loger chez l'habitant... l'habitante}}| ]]
{{#ifeq: | |

 {{#ifeq: {{#ifeq: User |User| Forestier | Forestier}} | | 
   {{#ifeq: {{#ifeq: User |User| Forestier | Forestier}} | || 
     Author: [[User:{{#ifeq: User |User| Forestier | Forestier}}|{{#ifeq: User |User| Forestier | Forestier}}]] [[Author::{{#ifeq: User |User| Forestier | Forestier}}| ]]
   }} | 
   {{#ifeq: {{#ifeq: User |User| Forestier | Forestier}} | |
     Author: {{#ifeq: User |User| Forestier | Forestier}} |
     Author: [[User:{{#ifeq: User |User| Forestier | Forestier}}|{{#ifeq: User |User| Forestier | Forestier}}]] [[Author::{{#ifeq: User |User| Forestier | Forestier}}| ]]
   }}
 }} |
 {{#ifeq: {{#ifeq: User |User| Forestier | Forestier}} | |
   {{#ifeq: {{#ifeq: User |User| Forestier | Forestier}} | | Authors: ' | 
     Authors: [[User:{{#ifeq: User |User| Forestier | Forestier}}|{{#ifeq: User |User| Forestier | Forestier}}]] 
   }} | 
   {{#ifeq: {{#ifeq: User |User| Forestier | Forestier}} | |
     Authors: {{#ifeq: User |User| Forestier | Forestier}} |
     Author: [[User:{{#ifeq: User |User| Forestier | Forestier}}|{{#ifeq: User |User| Forestier | Forestier}}]] 
   }}
 }}

}} {{#if:| — see [[:Category:{{{category}}}|other works by this author]]}}



2 - Le séjour

Ce fut des pleurs qui réveillèrent Abdou. Des pleurs et une curieuse sensation d'inconfort, voire de douleur à la poitrine. D'abord déboussolé par la situation, et par l'absence de ses dreads sur sa nuque, il se rappela bien vite compte dans quels draps il était.

James pleurait, elle devait l'allaiter. Elle pouvait rester couchée — Lucy lui avait enseigné la technique — mais elle devrait sans doute changer une couche après le boire. Comme c'était dégoutant, mais comme James, aussi, semblait heureux tant de la nourriture que de l'attention et de l'amour que ce geste impliquait!

Après l'allaitement et une fois son bébé rendormi, Abdou sortit un peu sur la terrasse. Tout était calme et seuls quelques lumières, réverbères et quelques pièces éclairés, permettaient de voir. Personne ne se promenait plus, même si on pouvait entendre quelques fêtards. Mais aucun oiseau ne criait, aucun chien n'aboyait, ni aucun autre animal d'ailleurs. Il n'y avait dans ce secteur que des êtres humains et des plantes. C'était très beau, mais aussi un peu triste. Tout était mouillé. Chaque nuit, en effet, on arrosait l'ensemble de la Tore, tant pour arroser les plantes que pour nettoyer les allées, les bâtiments et l'air ambiant. Des petits robots de nettoyage passaient un peu partout, silencieusement: tout devait être toujours très propre. Abdou avait froid, et il bâilla bientôt. Il retourna au lit.


{{#if:|{{#if:|

[[Image:Separator {{{1}}} left.png|100px]] {{{2}}} [[Image:Separator {{{1}}} right.png|100px]]

|[[Image:Separator {{{1}}}.png|200px|center]]}}|


}}


Le lendemain, le soleil pénétrait dans la pièce grâce à un miroir. On se levait tôt dans cette maison! Presque aussitôt, Lucy arriva et prit les choses en mains. Abdou avait très faim, mais James aussi. Lucy lui demanda de s'éloigner pendant qu'elle tentait de faire manger le petit.

— Tu es sure qu'il ne vaudrait pas mieux que je reste, demande Abdou. Ne risque-t-il pas de s'inquiéter si sa mère n'est pas là?

— Au contraire. Si vous êtes là, il voudra téter avant tout. Allez déjeuner et revenez bientôt. Je vais le faire manger, mais il faudra revenir pour le dessert.

Ce qui fut fait. Abdou dut d'abord s'habiller. À part une étrange combinaison, sans aucun doute utilisée pour visiter le moyeu de la Tore, endroit où régnait l'impesanteur, et une ou deux robes de soirée, les vêtements de Janie couvraient très peu. Se rappelant les regards lubriques de la veille, Abdou chercha à se cacher le mieux possible. Tout en se rappelant avec envie les burqas qu'il avaient vues dans ses didacticiels d'histoire, il dut se contenter d'un t-shirt et d'une jupe un peu plus longue que la veille. Cependant, sous le t-shirt, il dut mettre un soutien-gorge. D'allaitement.

Il se considéra un instant dans le miroir. Mais merde, il était une femme et il s'habillait, comme ça, sans même la légitime colère qu'il aurait dû avoir. Il venait de mettre un soutien-gorge, lui qui n'aimait rien moins que les dégrafer, et une culotte qui couvrait son pubis plat et ses fesses rebondies! Mais la colère l'avait quitté et il ne pouvait plus que soupirer devant son état.

La colère, mais pas la faim. Abdou descendit donc manger un morceau. Tout était étrangement calme. Il lui manquait l'animation des matins de son cylindre, où tout le monde sortait sur la place et où le marché retentissait des cris des vendeurs. Ici, pour autant qu'il le sût, il n'y avait pas de marché.

C'étaient des jeunes qui faisaient le service. On lui avait appris la veille que, vu l'affluence du congrès et le besoin de corps adultes, la Tore avait fermé les écoles secondaires et donné aux adolescents des emplois dans les services. Ça permettait de mieux faire tourner les choses, et les jeunes pouvaient ainsi se familiariser avec de véritables emplois. Il comprenait le principe, mais trouvait quand même dérangeant de faire travailler des enfants. Ça évoquait de douloureuses réminescences de l'histoire de son peuple.

Abdou revint assez vite donner le sein à son fils. Enfin, il donna le sein de cette Jenkins à son fils à elle! Ce n'était pas son fils à lui! Lui était chercheur et devait préparer ses premières réunions informelles d'avant le début du vrai congrès.

Il prit donc son communicateur et prit contact par texto avec les collègues qu'il devait rencontrer durant la matinée. Le lieu et l'heure de la rencontre avaient déjà été fixés, ne restait plus qu'à confirmer.

Deux heures plus tard avait lieu la réunion. Abdou était inquiet de l'accueil qu'on lui réserverait. Il vit que seul le docteur Juarez était arrivé.

— Ah! Vous voilà, dit-il. Vous savez, votre message de ce matin m'a bien surpris. Enfin, ce qui m'a surpris, c'est la photo jointe. J'avais toujours cru que vous étiez un homme.

— Enfin, monsieur Juarez, je suis un homme. Habituellement. C'est cette Société de psychovoyage qui s'est gourée.

— Qui s'est gourée... Ce n'est donc pas une requête de votre part. Je pensais...

— Non, pas du tout. Jamais je n'aurais voulu devenir une femme pour quelque raison que ce fût. Qu'est-ce que vous allez bien penser?

— Je vous crois, je vous crois. Cependant, il doit bien y avoir des... comment dire? des avantages à vivre une telle expérience, non?

— Vous parlez comme la préposée de la Société. Des avantages, je n'en ai pas encore vu. Tous mes projets de loisirs sont à l'eau.

Juarez n'avait pas l'air convaincu.

Ils bavardèrent ainsi alors jusqu'à ce que les deux autre participants arrivent. Participants qui se révélèrent aussi surpris que le docteur Juarez. Après la réunion, ce dernier prit Abdou à part.

— Mon cher, votre analyse est tout à fait brillante et novatrice. Vous irez sans doute loin avec un esprit comme le vôtre. Si vous le voulez, nous pourrions discuter de votre avenir un peu plus pendant le diner.

Abdou ne savait décoder de tels signaux; il savait seulement les envoyer. Il tomba dans le piège.

— Je comptais diner près de chez moi. Vous pouvez m'accompagner si vous le désirez.

— Avec le plus grand plaisir.

Quelques secondes passèrent.

— Vous savez, Abdou, je suis certain que vous pourriez profiter davantage de la chance qui vous est offerte de vivre dans le corps d'une personne de l'autre sexe. Quand j'y pense, je me dis qu'à votre place, je serais fou de m'enferrer dans une attitude de refus et de déni.

— Justement, vous n'y êtes pas, à ma place.

Abdou commençait à se douter des intentions de Juarez.

— Je sais, je sais. Je n'irais pas jusqu'à dire que je vous envie, mais, si vous le permettez, je crois que je serais à même de vous amener à de meilleurs sentiments en ce qui a trait à votre situation.

— Monsieur Juarez, l'interrompit Abdou, je crois comprendre ce que vous voulez. J'en suis même certain, parce qu'à votre place, comme vous dites, je ressentirais sans doute la même chose. Vous voulez coucher avec moi, n'est-ce pas?

— Euh... enfin... c'est une manière de présenter les choses, en effet.

— Dans ce cas, je crois que j'ai des mauvaises nouvelles pour vous. J'ai déjà un garçon pour partager mon lit.

— Plait-il? Mais je croyais avoir compris que... Mais peut-être que dans les jours ou les soirées qui viennent, vous pourriez—

— Je ne crois pas. Il est très attaché à moi.

Après le choc initial, Abdou s'amusait ferme. Il aperçut bientôt Lucy, qui venait avec James.

— Ah! Te voilà. Viens ici, mon beau garçon.

Puis, sous les yeux ébahis de Juarez, elle donna le sein à James. Juarez ne savait plus où regarder. Les seins d'Abdou étaient certes très beaux, mais il comprenait enfin quel était ce garçon qui partageait le lit d'Abdou et voyait ses chances régresser jusqu'au néant.

Néanmoins, ne voulant pas perdre la face, il resta quand même pour le repas. Abdou se demandait si ses chances d'avancement n'avaient pas diminué drastiquement suite à cette journée.


{{#if:|{{#if:|

[[Image:Separator {{{1}}} left.png|100px]] {{{2}}} [[Image:Separator {{{1}}} right.png|100px]]

|[[Image:Separator {{{1}}}.png|200px|center]]}}|


}}


Abdou essaya de travailler tout l'après-midi, se mettant à jour en parcourant les communications émises à l'occasion du congrès et contactant leurs auteurs qui l'intéressaient. Il se demandait si son sexe d'emprunt allait lui nuire encore davantage.

Bien qu'il fût devenu une femme, les hommes ne l'intéressaient pas le moins du monde. Il jetait toujours un coup d'œil aux jolies filles, mais cela restait sur le plan purement intellectuel, d'autant plus qu'il savait qu'il n'aurait aucun espoir de conclure jusqu'à nouvel ordre, la Jenkins ne s'étant toujours pas manifestée.

En fait, son corps ne semblait pas posséder la moindre libido. Une recherche rapide lui confirma que la chose était fréquente chez les mères qui allaitaient, au grand dam de leurs compagnons.

Il en était fort aise. Il n'avait pas la moindre envie de ressentir du désir pour des hommes. L'idée le révulsait. Ce qui lui manquait, c'était son désir masculin normal. Enfin, pas tant que ça, finalement. Il pouvait travailler plus calmement.

Le plus dérangeant — à part l'astreinte d'allaiter James, ce à quoi il s'habituait de plus en plus — était le regard des hommes partout où il allait. Il sentait leurs regards. En fait, une fois devant son miroir, il ne pouvait pas guère leur en vouloir. Quand il se regardait, il se prenait à caresser ses seins ou ses hanches.

— Qu'est-ce que je fous? Je dois travailler!

Il avait le soir un souper avec d'autres collègues, et dut encore une fois raconter son histoire. Ça devenait lassant à la fin. Au point qu'il pensa l'inclure sur son profil public et l'envoyer avec ses textos. Puis il se ravisa: ça attirerait sans doute encore plus de curieux.

— Et comment c'est d'être une femme? lui demandait-on.

— Vous pourriez demander à Yushiko ou à Ruta, elles ont bien plus d'expérience que moi en la matière.

Il comptait ainsi clore la discussion.

— Mais tu as surement de quoi à dire.

— D'accord. J'allaite un petit bébé. C'est très plaisant, je dois le dire, mais c'est à peu près tout ce que je connais de la vie de femme. Je n'ai aucun désir sexuel; c'est sans doute dû à la lactation. Et ne pas désirer les hommes me plait complètement, tenez-vous-le pour dit. Être un homme me manque, parce que je me sentirais plus moi-même et que j'aime aimer les femmes.

»Quoi d'autre? Oui! Le regard des hommes. Je ne sais pas comment vous faites pour le supporter, mais ça m'indispose. On vous regarde toujours comme ça puis ça ne vous fait rien?

— Ça dépend qui regarde, répondit l'une des femmes présentes.

Rire général. Les hommes se regardaient entre eux, interloqués et cherchant à deviner lesquels d'entre eux pourraient regarder qui...


{{#if:|{{#if:|

[[Image:Separator {{{1}}} left.png|100px]] {{{2}}} [[Image:Separator {{{1}}} right.png|100px]]

|[[Image:Separator {{{1}}}.png|200px|center]]}}|


}}


Ce soir-là, Edward était venu voir son fils. Abdou était un peu surpris. Le regard qu'il avait. Ce n'était pas seulement du désir, comme ce qu'il avait dénoncé à table, mais aussi de la tristesse. Il aimait sans doute Janie, et la voir en Abdou tout en la sachant partie devait être difficilement supportable. Touché par cette tristesse, il accepta qu'Edward dorme sur le canapé du salon-bureau. Il pourrait au moins changer les couches, se disait-il.

Avant de se coucher, cependant, Edward étreignit Abdou et lui donne un baiser sur une joue. Passé la surprise et l'envie de se dégager, Abdou se laissa faire. Après tout, cet homme avait vu sa femme partir sans lui dire au revoir, et s'il pouvait lui faire plaisir, pourquoi pas? Ça ne lui coutait rien, non?

Néanmoins, il s'endormit difficilement.


{{#if:|{{#if:|

[[Image:Separator {{{1}}} left.png|100px]] {{{2}}} [[Image:Separator {{{1}}} right.png|100px]]

|[[Image:Separator {{{1}}}.png|200px|center]]}}|


}}


Le congrès lui-même se passa assez bien. Les discussions allaient bon train et Abdou put nouer quantité de contacts. Passé la surprise initiale, ses interlocuteurs finissaient par se faire à son étrange situation. On en avait vu d'autres!

Jenkins était toujours incontactable. Et la Société n'avait bien entendu trouvé aucun jeune homme qui acceptât de troquer sa place contre celle de la mère d'un nourrisson. Abdou s'était donc peu à peu fait à l'idée de passer encore deux semaines dans le corps de Janie. Il en était même arrivé à aimer les moments qu'il passait avec James et à interroger Lucy sur ce qu'il faisait quand il était absent. Edward venait coucher à la maison une nuit sur deux, mais lui et Abdou avaient peu parlé.

Tous les matins, et souvent les nuits de même, il se réveillait désorienté par les bruits étranges, par sa chambre et par la présence près de lui de James, mais aussi et surtout par les sensations de son corps. Et surtout, le matin, par l'absence de son érection quotidienne. Il en était toujours un peu apeuré, mais il se raisonnait dès qu'il se réveillait complètement. Et il soupirait toujours en passant devant le miroir, même s'il ne sursautait plus comme les premiers jours.

Le plus dur était toujours de supporter le regard des hommes. Il n'était pas du tout préparé à cela, et il se mettait parfois — quand il en avait le loisir, c'est-à-dire assez rarement — à réfléchir au traitement qu'il faisait subir à toutes les jolies femmes qu'il regardait. Mais il se raisonnait bientôt en se disant qu'au fond de lui, il était un homme et qu'il ne pouvait pas prendre plaisir au désir masculin comme une femme le ferait. En tout cas, pas avant longtemps, et cela ne serait pas! Oh non!

Une nuit, alors que James dormait et qu'Edward était absent, Abdou essaya de se masturber. Il aurait été idiot, avait-il conclu, de s'interdire de vivre une telle expérience. En fait, il avait même cherché si Janie n'avait pas un vibrateur caché quelque part, mais il semblait qu'elle eût mis en consignation une partie de ses biens. Et son vibrateur, si elle en avait un — et pourquoi n'en aurait-elle pas? — devait être parmi ces objets auxquels il n'avait pas accès.

Il caressa d'abord ses seins, tentant de se mettre dans l'ambiance sexuelle qu'un tel contact lui rappellerait certainement. C'était difficile. Ces seins-là étaient tellement liés à son expérience avec James qu'il n'arrivait pas à éveiller ainsi un désir. En fait, la caresse en elle-même était agréable, mais cela ne réveillait rien plus bas.

Il s'attaqua donc plus directement à son clitoris. Il avait bien appris à le trouver, et c'était maintenant d'autant plus facile qu'il le ressentait de l'intérieur. Néanmoins, tout en sachant qu'il caressait le point le plus sensible de son corps, il ne ressentit pendant longtemps pas grand-chose. Il persévéra quand même, sachant à quel point certaines femmes peuvent être longues à chauffer.

Cependant, même si une certaine chaleur commençait peu à peu à se diffuser dans son entrejambe, sa caresse devint bientôt plus irritante que plaisante. Vu que, lors de ses expériences sexuelles antérieures, en tant qu'homme, bien sûr, ses partenaires n'avaient jamais eu de problèmes de lubrification, il n'avait évidemment pas pensé à prendre une crème. Il n'en avait d'ailleurs pas vu dans les affaires de Janie. Abdou se vit obligé de déclarer forfait.

Comme il n'avait pas vraiment un désir sexuel à combler, il n'était pas réellement frustré, seulement un peu déçu. Il semblait qu'il ne pourrait pas jouir de l'erreur que la Société interplanétaire de psychovoyage avait commise. Misère!


{{#if:|{{#if:|

[[Image:Separator {{{1}}} left.png|100px]] {{{2}}} [[Image:Separator {{{1}}} right.png|100px]]

|[[Image:Separator {{{1}}}.png|200px|center]]}}|


}}


Le congrès s'achevait, et Abdou avait pu établir un grand nombre de contacts utiles pour son avenir, même si ses soirées, avec James, avaient été beaucoup moins excitantes qu'il ne l'avait escompté.

Son histoire avait cependant fait le tour des participants, dont plusieurs lui avaient déniché d'autres histoires d'erreurs semblables lors de pyschovoyage. Certains participants le prenaient un peu en pitié — bien des hommes voulant bien la soulager de ses problèmes à la manière masculine traditionnelle — et Abdou s'était lié d'amitié avec quelques femmes. Il faut dire que bien des discussions amicales avaient porté sur le sujet des avantages de vivre dans l'un ou l'autre sexe, et que, dans ces cas-là, les camps se définissent assez vite et clairement.

Quoi qu'il en soit, les nouvelles copines d'Abdou avaient décidé de lui organiser une petite fête la veille de la fin du congrès, alors que plus personne n'avait à préparer de communication ou de réunion. Lucy s'occupait de James, et la terrasse qui jouxtait l'appartement temporaire d'Abdou était rempli de femmes qui riaient, qui parlaient — beaucoup — qui mangeaient et qui buvaient.

Alors que ses invitées oubliaient parfois qui il était au fond de lui, Abdou apprit alors plus sur les femmes et leurs problèmes qu'il ne l'aurait cru possible. Ainsi, ces femmes voulaient plaire, mais ne voulaient pas que les hommes croient que c'était pour les séduire. En fait, ça l'était — toutes voulaient que des hommes les remarquent — mais ça ne l'était pas — elles ne voulaient pas qu'ils croient qu'elles voulaient coucher avec eux. Mais oui, elles le voulaient, mais pas si simplement. En tout cas, pas selon les conditions des hommes. L'amour n'était pas toujours nécessaire, mais le respect, oui. Et le pire était de faire semblant d'aimer une femme, mais toutes aimaient beaucoup qu'on leur dise qu'on les aimait.

C'était un peu étourdissant.

Il apprit aussi que les femmes étaient les critiques les plus impitoyables de leur apparence. Pour les hommes, toutes les femmes sont belles. Enfin, certaines plus que d'autres... Mais les critiques qu'elles se faisaient à elles-mêmes et qu'elles faisaient envers celles qui n'étaient pas là, et que souvent Abdou connaissait, étaient impitoyables. Il se mit à les regarder toutes d'un œil nouveau, plus critique. Ainsi que lui-même, enfin, elle-même.

Abdou restait quand même songeur. Toutes ces femmes à une fête, et pas moyen d'en sauter une! se disait-il. Tout cela l'encouragea à boire, même s'il avait promis à Lucy de rester sage et disponible pour son fils.

Bientôt, sans trop savoir ce qui se passait, alors que certaines participantes dansaient, il se mit à embrasser une de ces nouvelles amies, qu'il connaissait à peine. Mais elles tenaient toutes les deux à peine debout et personne ne se rappela comment la soirée avait fini. Pas Abdou, en tout cas.

Ce dont il se rappela, c'est le mal de tête dont il souffrait le lendemain matin. Et aussi de s'être réveillé à côté de cette femme qu'il avait embrassée la veille. Lorsqu'il la vit, cela lui sembla d'abord tout naturel, jusqu'à ce qu'il se rappelle qui elle était et qui... il était. Il avait couché avec une femme, soit, mais il ne s'était rien passé, n'es-ce pas? Il espérait bien que non. Mais non, elles étaient toutes les deux trop saoules, non? Néanmoins, cela faisait chaud de se réveiller aux côtés de quelqu'un, fût-ce une femme... enfin, une autre femme.

Enfin, il était trop difficile de réfléchir à tout cela, vu l'état de sa tête. Et Lucy qui arrivait avec James. Qu'il était exigeant, celui-là, à toujours vouloir téter! Mais il existait un médicament pour atténuer la gueule de bois, et Abdou ainsi que sa compagne d'une nuit — les autres étaient parties il ne savait quand ni comment — furent bientôt sur pied pour la cérémonie de clôture.


{{#if:|{{#if:|

[[Image:Separator {{{1}}} left.png|100px]] {{{2}}} [[Image:Separator {{{1}}} right.png|100px]]

|[[Image:Separator {{{1}}}.png|200px|center]]}}|


}}


Le congrès finit bientôt, mais toujours pas de nouvelles de la vraie madame Jenkins. Abdou commençait à s'inquiéter, mais la procédure de la Société voulait que l'on attende au moins cinq jours avant de mettre les autorités sur la piste du fuyard. D'après les histoires qu'on lui avait rapportées, de telles escapades seraient assez fréquentes. Pour plusieurs, vu le cout exorbitant des voyages spatiaux en vrai, c'est la seule manière de quitter une vie terne et sans avenir. S'il n'avait pas eu d'autres inquiétudes et qu'il eût possédé en plus ses hormones mâles habituelles, Abdou aurait bouilli de colère.

Mais en plus de tout cela, Lucy avait dû quitter pour reprendre l'école, et Abdou devait s'occuper seul — ou seule — de James. Après tout ce temps, il aimait bien ce petit bébé, qu'il ne pouvait s'empêcher de considérer de plus en plus comme le sien, tant est puissant le lien créé par l'allaitement, mais il se sentait de plus en plus emprisonné dans une situation à laquelle il voyait de moins en moins une issue.

Il devait faire quelque chose. Il devait bouger. Mais il devait avant tout aller voir un médecin. Avec James.

Le docteur Floyd était au courant de l'étrange situation d'Abdou — qui ne l'était pas dans la Tore? En plus de voir comment se développait James, il prit la peine de revoir avec Abdou le programme de remise en forme que Janie Jenkins devait suivre, et qu'Abdou n'aurait même pas dû interrompre, s'il avait été mis au courant. Et vu la dépression qui avait touché la jeune mère, le docteur interrogea Abdou sur son état mental. Les quelques médecins de la Tore étaient de grands généralistes.

— Je suis en colère, répondit Abdou, et je me sens prisonnier d'une situation que je n'ai pas voulue.

— Je peux tout à faire comprendre votre point de vue. Et que comptez-vous faire?

— Que pourrais-je faire? La Société doit absolument retrouver celle qui a volé mon corps pour que je puisse réintégrer ma vie. Je suis bloqué ici, avec James.

— En tout cas, je suis heureux que vous ayez pris la peine de venir avec lui aujourd'hui. Cela démontre que vous prenez vos responsabilités envers votre enfant au sérieux—

— Ce n'est pas mon enfant, docteur!

— C'est vrai. Je reprends. Que vous prenez donc au sérieux vos responsabilités envers James, même si vous ne les avez pas voulues.

— Mais bien sûr. Les péchés des mères ne doivent pas tomber sur les têtes des leurs enfants.

— Cela arrive hélas trop souvent.

— Docteur, reprit Abdou avec un peu de gêne, il y a quelque chose qui me chicote. Vous savez, je suis habituellement un jeune homme en santé, et j'avais prévu, pour mon séjour, de connaitre intimement des participantes au congrès. Bien entendu, et à mon grand regret, cela n'a pas été possible. Mais j'aurais bien aimé connaitre au moins un orgasme féminin. Pas avec un homme, c'est entendu, mais toute seule. Mais je n'arrive pas à avoir du désir ou à me créer suffisamment de plaisir.

— Eh bien, Abdou, j'aimerais bien avoir le droit de vous parler de la situation que connaissait Janie avant votre échange, mais je ne peux que vous dire que cela est assez courant chez les mères allaitantes. Courant mais temporaire. Cela vous console-t-il?

— Ouais. J'imagine que je ne saurai jamais de quoi il en retourne, vu que je vais bientôt quitter ce corps. Enfin, j'espère.

— Je l'espère pour vous. Comme tout va bien avec vous et avec votre— avec James, je ne vais pas vous retenir plus longtemps. J'ai beaucoup de patients à voir. Tous les congressistes n'ont pas toujours fait très attention à leur corps d'emprunt, et d'autres veulent tout simplement vérifier si tout est bien allé. Et j'ai l'intuition que je devrai, comme souvent, effectuer quelques avortements.

— C'est dommage, conclut Abdou, en regardant son f— en regardant James.

— Oui, c'est dommage mais c'est comme ça. Pour finir, je vous conseille de vous dépenser. Vous avez quelques jours à passer et il y a peu à visiter. Faites du sport.

— Ouais, c'est une bonne idée. Merci, docteur.


{{#if:|{{#if:|

[[Image:Separator {{{1}}} left.png|100px]] {{{2}}} [[Image:Separator {{{1}}} right.png|100px]]

|[[Image:Separator {{{1}}}.png|200px|center]]}}|


}}


Abdou aimait bien les arts martiaux. Il aurait aussi bien aimé le kayak ou la marche en montagne, mais dans une si petite Tore... Aussi consulta-t-il son communicateur pour voir s'il ne pourrait pas se joindre à un groupe. Il en trouva un seul, qui pratiquait l'aïkijudo. Cela lui convenait parfaitement.

Ce fut tout un émoi quand il arriva au dojo. Les participants étant tous des habitants réguliers de la Tore, c'est Janie Jenkins qu'il voyaient arriver, et elle ne faisait pas d'art martiaux. Elle ne suivait en fait que le programme d'entrainement de base. À une autre époque, où les gens étaient moins conscients de leur santé, elle n'aurait sans doute pratiqué aucun sport.

Après avoir discuté avec le sensei, elle fut bien sûr admise, et on lui prêta un costume. James dormait au bord du tatami, et il était entendu que son entrainement cesserait dès qu'il se réveillerait.

Les premiers mouvements furent si éprouvant qu'Abdou en vint presque à reconsidérer son choix. Son équilibre lui faisait défaut, il chutait n'importe comment, passant à deux doigts de vraiment se faire mal, et ses membres semblaient ne jamais vouloir suivre les ordres de son cerveau. Comme si son corps avait été un corps étranger.

Mais c'était un corps étranger! De plus en plus, il avait tendance à l'oublier.

Puis les choses s'améliorèrent peu à peu. Cela faisait du bien de bouger et de sentir les endorphines envahir son cerveau. Comme allaiter. Non, se força-t-il à penser: comme faire l'amour. Enfin, pas tant que ça, quand même.

L'entrainement continuait, et Abdou regardait avec admiration le sensei exécuter des mouvements. Au début, il s'était surtout exercé avec des femmes, mais le hasard le fit se mettre avec un homme. Un homme qu'il avait déjà vu au congrès, mais ce n'était plus lui, bien sûr.

L'homme n'utilisa pas toute sa force contre lui, qui lui en fut reconnaissant, alors qu'il aurait dû être en colère d'une telle condescendance, qui l'empêchait de vraiment progresser. Mais cette colère fut oubliée quand il se retrouvèrent à lutter corps à corps, enlacés. Abdou ressentit alors quelque chose d'étrange, qui—

James pleurait. Abdou dut quitter l'entrainement précipitamment. Il prit à peine le temps son partenaire d'entrainement. Il était troublé.


{{#if:|{{#if:|

[[Image:Separator {{{1}}} left.png|100px]] {{{2}}} [[Image:Separator {{{1}}} right.png|100px]]

|[[Image:Separator {{{1}}}.png|200px|center]]}}|


}}


Dans l'après-midi, Abdou se rendit à un centre recevant les jeunes mères. La rencontre ayant lieu dans une autre section de la Tore, il dut emprunter le métro aérien et traverser une section agricole.

C'est donc de là que provenait toute la nourriture — nourriture un peu fade, d'ailleurs — qu'il avait mangée pendant son séjour! Sous un soleil implacable, il pouvait voir sous lui des bacs et des bacs de culture: des grains et des légumes, principalement. De chaque côté, il y avait des réservoirs d'eau douce où vivaient des poissons; l'eau «enrichie» servait ensuite à irriguer les cultures. Dans un coin, il aperçut quelques poules qui picoraient joyeusement.

Mais le métro quitta bientôt la section agricole et Abdou se retrouva dans une autre section résidentielle, très semblable à celle qu'il avait quittée et où il habitait. C'est là que se situait le centre. Il n'avait bien sûr rencontré aucune des participantes: habituellement, les mères de jeunes enfants ne font pas partie des programmes d'échange de la Société de psychovoyage. Habituellement...

Abdou avait averti de sa venue. Dès qu'il entra, on l'accueillit et les autres mères passèrent à l'espéranto, de manière à ce qu'il comprenne et se sente à l'aise.

James pouvait jouer avec d'autres enfants, et Abdou était heureux de cela. Il y avait toujours une femme pour superviser, et il pouvait relaxer. Malgré tout, et malgré les efforts de ces mères pour l'accueillir parmi elles, il se sentait étranger. En fait, voir tant de femmes dans une situation si semblable à la sienne lui donnait une conscience aigüe du merdier dans lequel il se trouvait, un peu comme un miroir grossissant. Le pire, c'était qu'il commençait à trouver tout cela normal. Il fallait qu'il s'en sorte, ou bien il allait sombrer dans cette vie qu'il n'avait pas choisie.

À suivre