User:Forestier/Métamorphie

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Métamorphie

Author: Forestier
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This story contains adult content.
Science-fiction. Science-fiction. Dans un monde où chacun a une forme alternative pseudo-animale, un homme se transforme en femme pour plaire à sa compagne pendant des vacances. Mais c'est illégal et cela aura des conséquences durables sur son couple et sur sa vie.

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Les vacances

Enfin! Le dernier jour avant les vacances. Et quelles vacances! Réma était certain que sa copine apprécierait ce qu'il avait secrètement préparé pour elle; après tout, au prix qu'il avait payé, elle était mieux d'apprécier!

Comme la translation devait avoir lieu en milieu d'après-midi, de manière à profiter du souper à l'hôtel en dépit du décalage horaire, Réma quitta le travail plus tôt que de coutume. Vers 14 heures, il mit fin à sa dernière consultation. Par chance, il n'avait pas cours cet après-midi-là. Le centre de translation étant situé dans une autre zone, il devait prendre le temps de s'y rendre. Il avait peu de bagages, les métamorphoses qu'il avait commandées étant accompagnées de tous les vêtements et accessoires nécessaires.

Il quitta donc bientôt son travail et salua ses collègues. Un ami l'accompagna dans le vestibule, comme il était coutume, de manière à l'aider avec ses sacoches. C'était toujours plus facile de les ajuster ainsi. Réma n'avait jamais pu apprécier la désorientation qui accompagnait chaque méta, même s'il devait s'y résigner au moins deux fois par jour, pour quitter la maison et y revenir. L'agglomération n'était plus du tout comme les villes du XXe siècle: elle comptait plutôt de nombreux petits villages entrecoupés de zones plus sauvages. Les distances étaient grandes, et les automobiles polluantes avaient disparu. Il salua son collègue, appuya ses mains contre la rambarde, se concentra et…

laissa tomber ses sabots avant sur le sol.

La forme alternative de Réma, comme pour beaucoup de gens dans cette région tempérée, était inspirée du cheval: quatre pattes munies de sabot, une peau recouverte d'une toison courte, un queue poilue… et une tête mi-humaine, mi-chevaline, où l'on reconnaissait bien l'homme que le cheval était au fond, mais avec un nez permettant d'alimenter en oxygène tous ces muscles.

Ainsi qu'un pénis dans son étui et qu'un scrotum à l'air libre. Les métamorphoses respectaient toujours le sexe du titulaire de la forme alternative. C'était la loi. Dans le passé, on avait permis les sexomorphoses, mais cela ayant entraîné trop de troubles — de nombreux hommes en profitant pour espionner des femmes — la loi les avait réservées au cas psychologiquement justifiés.

Bien sûr, le «cheval» que Réma devenait était bien plus petit et léger que les anciens chevaux. La métamorphose changeait la forme, elle ne pouvait pas créer de la nouvelle matière vivante.

Une fois ses sacoches sanglées, Réma partit au trot, puis galopa un peu. Il aimait énormément trotter et galoper. C'était tellement plus facile et tellement moins fatigant que de courir sous forme humaine. Ce corps était fait pour la course! Et le plus beau: l'exercice qu'il prenait sous son apparence équine permettait même à son corps humain de garder sa forme!

Galoper à travers la plaine et la forêt! Sentir le vent sur son corps, le sol sous ses sabots! Réma se demandait comment les gens vivaient avant la mise au point des cristaux de métamorphose. On ressentait tellement de plaisir sous sa forme alternative.

Bien sûr, on continuait de faire l'amour sous forme humaine — Réma anticipait ses vacances avec Nati, et son pénis commença à sortir de son étui. Bien que… Avec qui c'était déjà? Ah oui, il se souvenait. Il avait quelquefois «sailli» une copine. Passé le plaisir de la nouveauté, c'était somme toute assez décevant. Tout ce poil constituait une barrière à la fusion des corps, et une seule position était possible.

Néanmoins, tout le monde l'avait essayé au moins une fois…


Après environ une demi-heure, Réma arriva au centre de translation. Il haletait. Nati l'attendait depuis déjà quelques minutes. Pour l'accueillir, elle avait gardé sa forme chevaline. Les deux hybrides s'embrassèrent sur la bouche puis se poursuivirent bientôt pendant quelques minutes. Leur couple battait de l'aile depuis quelque temps, mais la perspective de vacances, de même que la surprise, enchantait aussi Nati. Réma était fier de son coup.

Mais il fallait partir, et chacun reprit sa forme humaine, après avoir appuyé ses sabots contre la rambarde. Dans cette direction, ce n'était pas nécessaire, mais quand même moins inconvenant que de se retrouver à quatre pattes. Enfin, les amants purent s'étreindre. Nati était tout excitée: elle ne savait pas où Réma l'emmenait.

— Tu ne veux pas me le dire, maintenant, demanda-t-elle?

— Disons que c'est un centre de vacances… un centre de métamorphie, bien sûr… avec quelques avantages. Mais je ne veux pas t'en dire plus pour le moment.

— Dans quoi m'as-tu encore embarquée?

— Je ne «t'embarque» dans rien. Je travaille notre couple, c'est tout, répondit Réma. Viens, on nous attend.

Ils pénétrèrent dans le bâtiment, récupérèrent leurs bagages et s'avancèrent vers le comptoir. Réma communiqua son ordre de voyage, et le commis les invita à entrer dans la cabine de translation.

— Vous partez en vacances?

— Oui, pour une décade, répondit Réma.

— Un centre de métamorphie?

Réma acquiesça après une brève hésitation.

— Je suis en train d'économiser pour y aller avec mon groupe conjugal. On a hâte. En tout cas, je vous souhaite de belles vacances.

— Oh, elles le seront, j'en suis sûr.

Sur ce, le commis referma la porte derrière lui.

Un sentiment de claustrophobie s'imposa aux deux voyageurs, mais ce fut bref. Il fut suivi par un sentiment de désorientation, puis un haut-le-cœur, et… ding! Une sonnette annonça leur arrivée. Le commis du centre de vacances leur ouvrit la porte.

— Bienvenue au Centre marin du golfe Saint-Martin. Madame, monsieur. Nous vous attendions. Je vous invite à aller jeter un coup d'œil à la verrière pendant que nous monterons vos bagages. Par ici. Le souper sera servi dans une heure.

La verrière donnait sur la mer, et le soleil se couchait déjà. Nati se rendit compte qu'ils se trouvaient bien plus au nord. Ce n'était que la fin de l'été chez eux, mais il y avait déjà de la neige par ici. Elle était encore plus excitée; elle se rendait compte que Réma l'avait écoutée quand elle avait émis le souhait de nager — sous une forme alternative, bien entendu — dans une mer froide. Cela l'avait toujours fascinée. Ce devait être sa surprise. Surtout que ça n'emballait pas du tout Réma.

Mais Réma lui effleura bientôt le bras.

— Tu sembles heureuse à l'idée d'aller nager. Nous pourrons y aller demain. Mais ce n'est pas mon seul cadeau.

— Quoi d'autre alors?

— Eh bien, comme j'avais commencé à te le dire, ce centre est un centre… où l'on tolère certaines choses.

Nati rougit.

— Je sais que tu tiens à m'être fidèle, mais que tu aimerais bien coucher aussi avec des femmes, reprit Réma. J'ai décidé de faire d'une pierre deux coups. Je ne sais comment je vais m'en tirer, mais je me suis commandé une forme alternative féminine.

— Pour vrai? Nati était décontenancée. Mais c'est illégal. Ce n'est pas dangereux?

— Pas du tout. Ces activités sont tolérées. Tu sais, il y a toujours eu des choses officiellement illégales mais tolérées dans certaines limites. La direction de l'hôtel m'a assuré qu'ils n'avaient jamais eu de problème avec la police. Alors, qu'est-ce que tu veux? Je me transforme tout de suite ou plus tard?

Nati réfléchit quelques instants, puis répondit:

— Attends un peu.

Et ils montèrent dans la chambre.


Réma aurait bien voulu attendre encore un peu, tellement il appréhendait la perspective de la sexomorphose, mais dès le souper terminé, Nati lui rappela sa promesse. Elle l'accompagna donc alors qu'il se dirigeait vers le comptoir d'accueil.

— Bien mangé, madame, monsieur?

— Fantastique, répondit Réma. C'était une nourriture chaleureuse. On voit que nous sommes dans un climat froid et que le chef a su adapter sa cuisine.

— Je suis heureux que vous appréciiez. Je lui communiquerai le compliment. Alors, comment puis-je vous aider?

— Vous savez, hésita-t-il, quand j'ai réservé, on m'a parlé de certains services, comment dire? complémentaires.

— Je ne comprends pas, monsieur.

— Justement, rétorqua Réma. J'aimerais bien laisser tomber le monsieur pour la durée de mon séjour.

— Plait-il?

Réma regarda à droite, à gauche, et se pencha vers le concierge.

— Je voudrais… changer de sexe. C'est pour faire plaisir à ma compagne, ajouta Réma en un seul souffle.

Le concierge parut un peu surpris, et regarda Nati, qui acquiesça en souriant. Il revint à Réma, le regarda quelques secondes, puis conclut:

— Si vous voulez vous donner la peine. C'est par ici.

Rendus dans une autre pièce, il demande à Réma son poids, puis s'il avait des préférences.

— N… non, répondit-il après une hésitation. Je laisse cela à votre discrétion.

— Et vous, madame?

— Moi? Je reste telle que je suis.

— Fort bien. Cependant, j'aimerais savoir si vous, vous avez des préférences quant à la forme qu'empruntera votre compagnon.

— Y a-t-il un catalogue?

— Tout à fait. Sur cet écran.

Réma, de plus en plus nerveux, ne cessait de se tortiller sur son siège pendant que Nati devisait avec le concierge, commentant les images des modèles féminins disponibles. Finalement, les deux se mirent d'accord.

— Monsieur, reprit le concierge avec le sourire, je vais procéder à la transformation. Vos formes de base et alternatives seront stockées dans notre banque pour la durée de l'emprunt. Vous avez une copie de sauvegarde, n'est-ce pas?

— Euh… bien entendu. On en a tous.

— À la bonne heure. Comme ça, il n'y aura aucun danger pour vous. N'oubliez pas qu'il vous est fortement déconseillé de quitter le domaine de notre centre sous votre apparence d'emprunt. Cela pourrait avoir de funestes conséquences, tant pour vous que pour nous. Vous me comprenez?

— Euh… je crois. Enfin, oui. Oui, je comprends.

— Très bien. Détendez-vous. Voilà, la copie est terminée. On y va?

— Bien, on y va, répondit Réma en soupirant.

Et il se transforma. Il était un peu plus grand qu'avant, et avait bien dix centimètres de plus que Nati. La couleur des cheveux n'avait pas changé, ni celle de la peau ou des yeux, Nati ayant choisi un modèle qui lui rappellerait son Réma. La nouvelle Réma portait la même tunique qu'auparavant, mais était constituée de tissu intelligent, elle s'était adaptée à ses nouvelles formes.

Le concierge sourit quand il vit Réma, comme tous les hommes sexomorphés, se diriger d'un pas incertain vers le miroir, toucher son visage imberbe, puis abaisser ses mains vers ses seins, les prendre en coupe d'un air surpris, puis, après quelques secondes d'étonnement, abaisser ses mains vers son pubis, prendre un air légèrement déçu d'avoir «perdu» son pénis et ses testicules, puis remonter ses mains «baladeuses» vers ses hanches, puis vers ses fesses, qu'il — pardon: qu'elle — tenta de mieux voir en se tordant le cou.

— Comment tu me trouves, Nati?

Il était étonné par sa voix.

— Parfaite. Très bien. C'est un très beau cadeau que tu me fais là, Réma. Et maintenant, si on allait danser? Ne veux-tu pas essayer ton nouveau corps, ma grande?

— Euh… bien sûr.

Ils passèrent donc une bonne partie de la nuit à danser, décalage horaire aidant. Réma fut surpris— enfin, surprise, la première fois qu'un homme l'invita, mais elle se ressaisit vite, encouragée par sa compagne, elle aussi invitée. Ils dansèrent cependant ensemble toutes les danses ne recourant pas aux vieux rôles sexuels.

Tard dans la nuit, épuisés, ils s'écroulèrent dans les bras l'un de l'autre et dans leur lit.


Le lendemain matin, Réma se réveilla en panique: sa vessie réclamait son attention, mais quelque chose n'allait pas. Et ce tiraillement sur sa poitrine! Très vite, il reprit ses esprits, se rappela où et ce qu'il était et tenta se sortir du lit sans réveiller Nati. Elle alla «s'accroupir» dans la salle de bains, et fit comme elle appris la veille.

Retournant vers le lit, elle ne put s'empêcher, malgré l'air frisquet de la chambre, de s'arrêter devant le grand miroir en pied et de contempler sa nudité. Nati avait fait un bon choix, et il comprenait qu'on l'ait invitée à danser la veille: il aurait fait la même chose. Néanmoins, même s'il était habitué aux métamorphoses, il ne pouvait s'empêcher de penser qu'il avait subi là une transformation «essentielle» de son être, et ne pouvait s'empêcher de poser sa main sur son pubis si étrangement vide, tout en ressentant légèrement une drôle de sensation juste derrière, «à l'intérieur».

— Je peux regarder moi aussi?

Réma sursauta. C'était Nati.

— Bien sûr, ma chérie. Ce corps t'appartient; c'est d'ailleurs toi qui l'as choisi. J'espère que tu en es satisfaite.

— Vu d'ici, tout me semble parfait. Pourrais-tu commander le déjeuner — et passer une robe — pendant que je fais à mon tour un brin de toilette?

— À vos ordres, madame!

Elles avaient dormi longtemps et, compte tenu de la saison et de la faible durée des jours, il était trop tard pour partir nager dans la mer sous une forme animale. Elles décidèrent donc d'utiliser les services du centre de villégiature «à l'ancienne». Nati entraina Réma prendre du soleil nues dans une section de la verrière, section munie de miroirs pour amplifier la faible lumière du nord, dans le bain tourbillon, pour une séance de massage-détente. Réma était toujours entourée de magnifiques femmes, toujours dans cet étrange corps d'emprunt, mais Nati lui avait demandé de fermer les yeux pour être plus présente à son corps, pour mieux vivre cette expérience. Cela marcha.

Nait étant bisexuelle, Réma ne fut pas surprise quand elle l'entraîna dans leur chambre en fin d'après-midi. Toutes les activités de la journée ayant été si agréables, il était presque normal que du sexe y fasse suite.

— Ma grande, dit Nati, c'est de nouveau ta première fois, pourrait-on dire. Laisse-moi te guider. Tu vas voir, faire l'amour entre femmes est très différent de ce qui se passe habituellement entre nous deux. C'est… comment dire… une looooongue séance de préliminaires.

— C'est tout? Juste des préliminaires?

— Tu vas voir.

Et elle l'embrassa, d'abord sur la bouche, puis un peu partout sur le corps.

Réma avait un vrai corps de femme. Toute sa peau était satinée et sensible. Bien qu'il aimât, en tant qu'homme, se pelotonner contre sa compagne, il ne comprenait qu'alors combien le corps féminin pouvait vivre différemment les carresses. Il sentait confusément son sexe se détendre, mais sans exiger quoi que ce soit — et c'était bien ainsi, parce que l'idée d'être «pénétrée» l'écœurait un peu.

Bien sûr, bientôt, il entreprit de caresser Nati, mais celle-ci préféra se concentrer sur sa nouvelle compagne. Les tentatives de Réma cessèrent tout à fait quand Nati commença à mordiller et à embrasser son clitoris. Réma ressentait un plaisir inconnu qui la laissait sans force, et ce, sans même que Nati ait besoin de la faire «basculer» dans l'orgasme. C'était sublime. Et interminable.

Elles s'endormirent finalement dans les bras l'une de l'autre à la lumière des étoiles dans la nuit d'hiver.


Très tôt le lendemain matin, après un copieux petit déjeuner, elles se présentèrent dans la salle de métamorphose marine. Réma planait encore; une chance que Nati était là pour prendre les choses en main.

— Alors, leur expliqua la responsable, la forme alternative que nous vous avons fournie est le best-seller de notre centre. C'est une forme inspirée du phoque, ou plutôt de l'otarie. Vous pourrez donc marcher avec suffisamment de facilité, tout en était tout à fait à l'aise dans l'eau. Il s'agit d'un carnivore tout équipé. Par conséquent, lors de longs séjours, vous pourrez vous repaître de poissons. Crus, bien sûr. Vous aimez le sushi, j'espère. En tout cas, vous l'aimerez.

— Et pourquoi pas une sirène? demanda Nati? Ou un dauphin?

— Une sirène? Eh bien, dans ces eaux, elle mourrait de froid en quelques minutes. Et même dans des eaux plus chaudes, elle n'aurait rien à se mettre sous la dent, elle serait myope sous l'eau et ses mains seraient tout à fait inutiles à la nage. Sans oublier que sa peau se plisserait bientôt. Pour rendre cette forme utilisable, il faudrait tellement la modifier qu'on se retrouverait plus ou moins avec ceci.

— Et un dauphin, alors? reprit Nati.

— C'est possible, mais tout à fait déconseillé aux débutants. D'abord, il faut qu'il reste toujours dans l'eau, ce que tout le monde n'aime pas. On ne dort que par périodes de quelques minutes. Et comme le dauphin «voit» avant tout avec son sonar, le monde dans lequel il vit est tout à fait étourdissant. Mais si vous revenez un jour, on pourrait considérer cette forme.

— Très bien.

— Alors, prêtes, mesdames?

Elles acquiescèrent.

— Déshabillez-vous et entrez dans l'eau. Cette forme est munie d'une sécurité: on ne peut y accéder qu'au contact de l'eau, et on ne peut en revenir qu'au contact du sol. Vous y êtes. Quand vous serez transformées, promenez-vous d'abord un peu sur la terre ferme, puis nagez quelques minutes dans le bassin. Vous pourrez aller ensuite dans l'eau libre. S'il y a un problème, utilisez votre communicateur.

Quelle transformation bizarre! Sous forme otarine, Réma et Nati rampaient autant qu'ils marchaient. Mais, dans l'eau, quelle efficacité! On pouvait rester plusieurs minutes d'affilée sans respirer et sans se sentir oppressé. Elles avaient d'abord l'intention de se chauffer au soleil — par moins cinq degrés! — mais le temps s'étant ennuagé et s'étant mis à la neige, elles nagèrent plusieurs heures l'une autour de l'autre, en se carressant parfois avec les nageoires ou en entrefrottant leurs corps dodus. Elles mangèrent même quelques poissons en guise de dîner.


La décade se passa ainsi: nage dans l'océan, bains de soleil dehors ou dans le solarium, soupers gastronomiques et danses, même une nuit à la belle étoile, sous forme otarine. Et beaucoup de câlins. Malgré les orgasmes qu'elle avait, Réma sentait croître en elle, ou en lui sans doute, un sentiment de frustration. C'était bien beau, ces carresses et ces cunnilingus, mais il voulait «baiser» sa Nati. La baiser comme un homme, comme il avait toujours fait l'amour et comme il ne pouvait s'empêcher de le fantasmer. Heureusement, la décade achevait et il devrait bientôt retrouver son corps. Il comptait bien se reprendre dès le dernier jour.

Ce jour n'arriva pas. Au neuvième jour, alors que tous les clients déjeunaient (ou folâtraient au lit), la police investit les lieux. Ils scannaient tout le monde.

— Alors… Réma, dit le policier en lisant son appareil, «madame» Réma, je dois vous mettre en état d'arrestation pour sexomorphie non autorisée. On peut enfin faire le ménage.

Les policiers menottèrent Réma puis l'emmenèrent, via une cabine de translation, dans une petite salle d'où ils la conduisirent dans une petite cellule, dont ils fermèrent la porte.

— Un avocat viendra vous voir dans quelques heures.

Réma se mit à pleurer.


La prison

L'attente me parut longue. Toutes mes fonctions de communication avaient été mises hors service, de telle sorte que je ne pouvais rien lire, rien écouter, rien regarder. Je ne savais même pas quelle heure il pouvait bien être. On m'avait apporté un repas et je m'étais ensuite assoupie.

Bien entendu, mes fonctions de métamorphose avaient aussi été mises en veilleuse, et je devais demeurer la femme que j'étais lors de mon arrestation. Ce qui déjà suffisant à me déprimer...

Quoi qu'il en soit, l'avocate arriva bientôt. Je fus étonnée quand elle entra dans ma cellule.

— Les échanges avec les avocats ne se font-ils pas par écran, lui demandai-je?

— J'ai lu votre dossier, me répondit-elle, et rien ne semble s'opposer à une rencontre physique. De plus, entre femmes, les risques sont moins grands.

Elle retournait le fer dans la plaie, et elle le savait.

— Donc, reprit-elle, j'aurais besoin de savoir tout ce qui vous amenée à accomplir cette métamorphose illégale. Je vous conseille de tout me dire dès maintenant, car, lors du procès, vous ne pourrez pas éluder les questions. Si vous me mentez maintenant, mon travail sera moins efficace.

Je lui racontai donc toute mon histoire. Elle remarqua avec satisfaction que je m'étais métamorphosée avant tout pour faire plaisir à ma copine, et non pas pour satisfaire quelque vice personnel.

— Je ne peux rien vous promettre, bien entendu, conclut-elle, mais j'ai l'intuition que vous vous en tirerez avec une sentence minimale. Cela sera surement une incarcération, mais relativement courte. Vous serez libre dans quelques semaines.

Quelques semaines! Et quoi encore? Je dois immédiatement reprendre mon poste au centre d'éducation; sinon, je risque de le perdre. Et tout le travail que j'aurai fait pour épicer ma relation avec Nati aura été vain. J'oscillais entre la colère et la tristesse! Damnées hormones!


Le procès eut lieu quelques heures plus tard, dans ce qui était, finalement, l'après-midi du jour suivant mon arrestation. Dans les romans historiques, on parle des semaines ou des mois qui s'écoulaient autrefois avant un procès. C'est difficile à croire. Comment rendre justice dans de telles circonstances? D'autant plus, semble-t-il, que les accusés étaient souvent déclarés non coupables! Après des mois de détention.

Je suis amenée, menottée, dans la salle d'audience, devant les deux avocats et l'avocat-juge. On me mit sur la tête, comme dans les films, un genre de couronne m'empêchant de mentir.

Un grand calme m'envahit sur-le-champ. Les menottes ne me tourmentaient plus, ni mes seins ou l'absence de mon pénis. Les trois personnes devant moi étaient mes amis, mes confidents, et nous allions régler tous ensemble un problème moral que j'affrontais. Je ne ressentis ni honte ni colère quand l'avocat de la poursuite relut l'acte d'accusation. Et je répondis avec gentillesse et application à toutes les questions qu'il me posa, ainsi que l'avocat-juge. Le procès ressemblait à une conversation, à un séminaire où il s'agit de régler un problème entre amis.

Je restai dans le même état alors que mon avocate s'entretenait avec ses deux collègues derrière un écran de silence. La sentence serait rendue «sur le banc», je le savais, mais je ne m'en souciais pas.

Je fus condamnée à une peine de sept à neuf décades de régime numéro huit. J'ignorais ce dont il s'agissait. Ainsi qu'à vingt ans de stabilité. Je ne savais pas non plus ce que cela voulait dire. Maintenant sous l'effet d'une drogue qu'on m'avait injectée, je me laissais faire alors que l'on m'amenait dans une autre salle, qu'on me déshabillait, qu'on me mettait de nouvelles menottes et qu'on appliquait une drôle de substance entre mes jambes. Je me laissais conduire dans une nouvelle cellule, dont les murs semblaient faits de pierres, comme dans les films se passant au Moyen Âge, mais avec quatre miroirs bizarres sur les murs. Il n'y avait pas de lit; je m'endormis sur le sol.


J'ai appris ce que c'est, le régime numéro huit. Mes fonctions de communication ont été partiellement rétablies, mais je ne peux que lire ou écouter des essais traitant de mon cas.

C'est la nouvelle doctrine judiciaire. Un procès rapide, une peine courte, mais intense. Comme je pouvais le dire: «Le but des peines intenses est de faire prendre rapidement conscience au détenu de son état et de la nécessité de la punition. Le rappel de peines anciennes et les entraves physiques sont des moyens utilisés dans ce but. On utilisera aussi tous les moyens permettant de rappeler au détenu la nature et/ou les conséquences de sa faute.»

Ma première impression avait été exacte, malgré la drogue qui inhibait mes sentiments. Le régime numéro huit rappelait le Moyen Âge. D'où les murs à l'aspect de pierres, d'où mes entraves: des chaines reliaient mon cou, mes poignets et mes chevilles. Des anneaux elliptiques faits à ma taille y étaient attachés. Je devais marcher avec les poignets devant mon abdomen, une chaine entre les seins et devant mon pubis plat, et en entendant toujours un bruit infernal.

Non que je marchasse beaucoup. Je passai les premières journées prostrées dans un coin, en essayant de ne pas regarder dans les miroirs.

Ah oui! Les miroirs! Les miroirs et la stabilité! «La stabilité consiste en l'interdiction d'utiliser la métamorphose durant une période donnée. Elle est prononcée pour des usages illégaux de la métamorphose.»

Vingt ans à être une femme. Le cinquième de ma vie, mais, à cet âge, c'était une vie ruinée qui s'étendait devant moi. Et ces satanés champs inverseurs me le rappelaient toujours: chacun d'entre eux me renvoyait une image de moi-même sur un angle différent. Je me voyais de face, de profil, de dos, toujours nue, des seins, des fesses, des hanches, un pubis vide, toujours aussi féminine, toujours aussi sexy, mais plus pour moi! Je devais être punie par où j'avais péché.

Accroupie dans un coin, les mouvements limités par mes chaines, mes pensées vagabondèrent bientôt vers ma dernière semaine de liberté, avec Nati. Ma main droite se dirigea d'elle-même vers mon clitoris — et, croyez-moi, pour le plaisir, un clitoris vaut bien un pénis. Je commençai bien vite à me masturber... ou plutôt à tenter de me masturber, parce que, quelques soient les efforts que j'y mettais, je ne ressentais rien.

Merde! C'était ça, la crème bizarre. «Toute activité sexuelle est interdite lors d'une peine intense. Cette privation fait partie de la peine.»

Ce soir-là, frustrée en colérique, je m'endormis difficilement sur le sol, qui me semblait plus dur que la veille.


Comme je n'avais rien d'autre à faire et que l'oisiveté était insupportable — mais comment faisaient-ils pour ne pas devenir fous au Moyen Âge? — je finis par parcourir les textes qu'on m'autorisait à lire. Des éthiciens défendaient l'interdiction de la métamorphose sexuelle, et mon sens logique ne pouvait que les approuver. On me proposait des exercices physiques adaptés à ma situation: déjà marcher en portant les chaines, faites volontairement plus lourdes qu'il n'était nécessaire, constituait un exercice suffisant.

Il fallait que je marche, il fallait que je lise et que j'écoute ces essais, il fallait que je prenne soin de moi-même, il fallait que j'accepte l'image que me renvoyaient les champs inverseurs, car on jugeait ainsi de mon progrès, et un progrès rapide amenait une peine plus courte.

Alors, donc, durant des jours qui me semblaient tous interminablement semblables, je marchai dans ma cellule, accomplissant à m'en saouler les exercices possibles dans mes entraves. Puis, assise ou couchée, je lisais ou j'écoutais les éléments de connaissance qui m'étaient permis: c'était de la philosophie du droit, mais aussi de l'histoire, entre autres celle de la métamorphose et même de la condition féminine. J'appris que, quant à devenir une femme, j'étais chanceux — ou chanceuse — de vivre à mon époque. C'était toujours ça de gagné. Je me regardais aussi dans le miroir, essayant de faire comme j'avais vu Nati. Puis je reprenais les exercices, seule manière de gagner un sommeil que j'espérais sans rêve, mais qui l'était rarement. En effet, des rêves érotiques me poursuivaient, dans lesquels j'étais tantôt un homme, tantôt une femme, tantôt un hybride incompréhensible, et même parfois à la fois homme et femme. Ces matins-là, je me réveillais toujours plus frustrée.

Les pires moments, mais aussi, paradoxalement, les meilleurs, étaient ceux durant lesquels je me permettaient de rêvasser, visitant mon passé et envisageant mon avenir, avec malgré tout un peu d'espoir. Bien sûr, les murs de pierre et les entraves me limitaient toujours, je devais toujours m'accroupir pour manger, et j'étais toujours aussi frustrée, mais je commençais à me faire à mon apparence, à mon sexe, je commençais à accepter la justice de ma peine, je commençais aussi à en voir la fin.


Je ressentis tout de même un choc, voire un vertige quand des gardiennes m'emmenèrent hors de ma cellule pour me débarrasser de mes entraves, me laisser prendre une vraie douche, m'enduire la vulve d'une autre crème — «Les sensations normales reviendront dans quelques heures» — me donner des vêtements et m'emmener dans la salle de translation.

Les vêtements étaient nouveaux pour moi: un pantalon serré, alors que j'avais toujours porté des tuniques, bien plus confortables pour un homme, un t-shirt ajusté, qui mettait ma poitrine bien à la vue de tous, et des bottes et un manteau à capuche, parce que l'hiver était arrivé. En me voyant dans le miroir ainsi habillée, je vis enfin une vraie femme, comme j'en avais vu tous les jours de ma vie, et le choc fut tellement grand que je dus m'asseoir.

Peu après, mes fonctions de communication se réveillèrent d'un coup et je fus comme assommée par la masse des messages auxquels répondre. Heureusement, mon secrétaire virtuel prit bientôt soin d'accomplir un tri drastique. Il me resta deux messages incontournables: comme prévu, j'avais perdu ma place, et Nati m'annonçait qu'elle était en chemin pour venir me prendre à la salle de translation. Elle n'avait fait que quelques jours de prison, pour jouissance non coupable d'un acte criminel mineur. Je m'apprêtais à lui répondre que je pourrais bien galoper jusqu'à la maison quand je me souvins: je n'avais que ces deux jambes pour marcher. Plus de galop, ni même de trot. Je soupirai.


Au bout d'un moment, je me sentis assez forte pour aller rejoindre Nati. Je me translatai. Comme de raison, elle m'attendait dans la salle d'accueil, sous sa forme humaine. Comme elle ne bougeait pas, sans doute parce qu'elle ignorait dans quel était d'esprit je pouvais bien me trouver, ce fut moi qui dus aller vers elle. Ce fut difficile, comme si je sentais encore mes entraves, encore plus lourdes et restrictives qu'auparavant. C'est quand je fus près d'elle que le barrage de mes émotions s'écroula et que je mis à pleurer dans ses bras à chaudes larmes. Contrairement à ce qu'un homme aurait fait — à ce que j'aurais fait, sans doute — elle ne tenta pas de me consoler, mais pleura avec moi. Les commis du centre de translation, qui m'avaient reconnue, bien entendu, étaient un peu mal à l'aise devant ces effusions.

Malgré tout, je ne pus m'empêcher de remarquer que j'avais rapetissé. J'était maintenant plus petite que Nati, ce qui signifiait que j'avais bien perdu 15 cm. Comment cela? Mystère.

Après quelques minutes, mes larmes cessèrent enfin. Comme je me sentais honteuse — en fait, plus honteux qu'honteuse, si l'on peut dire — je m'excusai auprès de Nati.

— Mais de quoi, me demanda-t-elle, étonnée?

— Mais d'avoir pleuré devant tout le monde, répondis-je.

— Mais tu te sens mieux, maintenant, n'est-ce pas?

— M...ouais, dus-je reconnaitre.

— Alors, c'était bien et tu n'as pas à t'excuser.

»Dans le fond, tu es toujours un homme à l'intérieur, ajouta-t-elle, pensant me taquiner.

Cette remarque fit monter en moi une vague d'émotions contradictoires. J'aurais eu envie de pleurer, mais je n'avais plus de larmes. De la colère vint donc se substituer à la tristesse. Mais je tentai de la réfréner: il n'aurait pas été bon de marquer ses retrouvailles d'un éclat.

— Partons, dis-je alors pour échapper à la tension. J'ai hâte d'arriver.

Mon ton était peut-être un tantinet plus brusque qu'il n'aurait dû. À ma décharge, on conviendra que je ne savais pas encore moduler des émotions dans ma nouvelle voix, émotions qui m'envahissaient d'ailleurs plus qu'auparavant.

— Attends un instant. Je dois me métamorphoser. J'espère que tu ne m'en voudras pas.

Pourquoi lui en voudrais-je? Par dépit?

Quand je sortis dehors avec Nati, je vis un sulky qui m'attendait, auquel était déjà attelé un métamorphosé. Alors que j'aidais Nati à s'atteler, je reconnus mon voisin Richa. Nous nous saluâmes, mais il me faisait une drôle d'impression.

Je fis le trajet que je connaissais si bien emmitouflée dans mon manteau sous le clair soleil hivernal. Ainsi juchée, tout me semblait différent. Alors que j'approchais de la maison, je me demandais quelle vie je pourrais y connaitre. Pourrais-je vivre une relation uniquement lesbienne avec Nati? Cela me suffirait-il? Celui «lui» suffirait-il? De quoi allais-je vivre? Que dirait à mon propos la communauté? Je sais qu'on est censé accueillir un ex-détenu avec toute l'hospitalité possible, mais est-il possible de surmonter sa propre honte?

À tout le moins, ces interrogations me furent épargnées ce soir-là. Nati m'avait préparé mes mets préférés, mais ils attendirent. Mon corps s'était réveillé, et je retrouvai le plaisir sexuel de notre décade maudite. Une femme ne peut être réellement rassasiée, et seul l'épuisement mit fin à notre soirée.


Le lendemain matin, nous nous levâmes tard. Nati m'annonça qu'elle avait pris sa journée, et que nous allions aller magasiner.

— Il va falloir t'acheter des nouveaux vêtements. En plus, compte tenu des restrictions qui t'ont été imposées, Richa et moi, on a décidé qu'il te fallait une bicyclette. On ne pourra pas toujours être là pour te voyager, tu sais bien.

— Richa et toi?

Nati eut l'air gêné.

— Euh... On a passé un peu de temps ensemble durant ton... ton absence. Il m'a beaucoup aidée, tu sais. Tiens, je vais l'appeler pour lui dire qu'on part.

La journée se passa bien. Une fois en ville, Richa partit travailler. Une fois le sulky vide, Nati pourrait le tirer toute seule. D'autant plus que Réma n'allait pas très vite en vélo.

C'est le soir, après le souper, que le chat sortit du sac. J'étais déjà intriguée par le fait que Richa nous avait rejointes pour le souper, et que, dès son arrivée, une sorte de gêne s'était installée entre nous trois.

— Réma, me dit Nati, l'air encore plus embarrassée, je dois de t'avouer quelque chose. Je t'aime beaucoup et, pendant ton absence, je me sentais très seule. Richa m'a beaucoup réconfortée.

Je commençais à voir où elle voulait en venir.

— Et nous nous sommes mis ensemble. Pardonne-moi, mais je ne savais pas trop ce que tu étais devenue, si tu voudrais toujours être avec moi, maintenant que tu était devenue une femme pour longtemps.

Elle parlait de plus en plus vite.

Je ne savais pas si tu m'en voudrais. Mais la vérité, c'est que j'étais seule, j'avais froid, je m'ennuyais, ça se voyait, et Richa a été si gentil avec moi.

Elle se mit à pleurer. J'éclatai en larmes moi aussi. Richa prit Nati dans ses bras, et après avoir pensé à les rejoindre, je me précipitai dans le lit pour pleurer toute seule.

Après quelques minutes — mais peut-être n'étaient-ce que quelques secondes, je n'ai pas pensé à consulter mon horloge interne — Nati vit me rejoindre. Elle sanglotait encore. Nous me prit dans ses bras et nous pleurâmes ainsi quelque temps. C'était bien de pouvoir pleurer ensemble sans devoir se parler. Je lui en voulais, mais j'étais aussi heureuse qu'elle fût là à me consoler, et j'avais à ce moment-là plus peur de la perdre comme amie que comme amante.

— J'imagine que tu veux le lit pour toi et Richa, luis dis-je après quelques minutes.

— C'est gentil à toi de me le proposer. Je vais demander à Richa de mettre tes affaires dans la chambre d'ami. Et sache que tu resteras toujours une amie pour toi.


Les jours suivants furent étranges. Je me sentais mal à l'aise. J'étais sortie de prison, mais je me sentais toujours seule. Bien entendu, je passais mes journées à me chercher du travail. Malgré toute la sollicitude qu'on pouvait avoir dans mon patelin, on n'avait pas de poste pour moi.

Les nuits, je les passais dans la chambre d'ami. Une fois, me sentant trop seule, j'étais bien allée rejoindre Nati et Richa, mais j'avais à peine dormi. Je m'étais figée dès que Richa m'avait enlacée et que j'avais senti son corps contre le mien et son sexe se dressant de lui-même entre mes cuisses. Je savais par expérience que c'était tout naturel, mais, dans mon esprit, le dégout et même la peur eurent le dessus.

Néanmoins, quand j'entendais Richa et Nati faire l'amour dans la chambre voisine, je ne pouvais m'empêcher d'éprouver du désir et de me mettre à la place de Nati. Je me masturbais souvent, mais, même si c'était agréable, je restais prise avec un sentiment de vide. Je prenais mes seins dans mes mains et j'essayais de m'endormir en m'imaginant qu'on — un homme? — les caressait.


Au bout de quelques semaines, je me décidai à partir. J'aimais bien Nati, et même Richa, mais je ne pourrais jamais faire une nouvelle vie dans ces conditions. Je partis un matin de printemps, sur ma bicyclette, avec mes quelques vêtements, et me dirigeai vers le centre de translation. J'avais laissé à Nati un message retardé, quelle aurait dès qu'elle reviendrait chez elle.

J'allais en ville. Je savais que bien des gens n'y utilisaient jamais la métamorphose. Non seulement elle était moins utile dans cet environnement, mais on comptait de nombreuses personnes qui la refusaient pour des raisons religieuses et qui s'y regroupaient. «Tu garderas la forme que Dieu t'a donnée» était leur nouveau commandement. Je pourrais me fondre dans ce milieu.


Épilogue

J'ai réussi à refaire ma vie. Je travaille dans un centre d'éducation, comme auparavant et, après quelques expériences amoureuses avec des femmes, dont une qui a duré plus de six mois, je me suis rendu compte que je n'étais pas lesbienne. Le pas fut dur à franchir, mais j'ai commencé à fréquenter des hommes et j'ai trouvé cela très agréable.

Au début, je leur cachais que j'avais été un homme. Je savais que la plupart réagirait par le dégout; en plus, c'était interdit par la loi. Mais l'homme avec qui je vis aujourd'hui a accepté mon histoire avec curiosité. Je lui ai même présenté Nati — c'est dire comme je ne suis pas jalouse et que je lui fais confiance!

L'autre jour, alors que j'empruntais un sulky public, quelle ne fut pas ma surprise de reconnaitre l'homme qui avait opéré mon changement de sexe, au centre de métamorphie. Il avait une forme équine. Je lui demandai s'il me reconnaissait.

— Bien entendu, «monsieur!» Je me souviens très bien, puisque c'est moi qui avais choisi votre apparence avec votre compagne. De plus, dans le métier que j'exerçais, la mémoire des visages et des noms est très important. Serait-il indiscret de savoir ce que vous êtes devenu?

Je lui racontait mes mésaventures. Il écouta avec empathie, ou peut-être seulement avec professionnalisme.

— Et vous, comment en êtes-vous arrivé à tirer un sulky public en ville?

— Ce n'est pas par choix, vous le devinerez aisément. Bien entendu, le Centre marin du golfe Saint-Martin a été fermé. Et j'ai été condamné. Contrairement à vous, on m'a donné une alternative. J'ai dû choisir entre deux ans de prison ou dix ans de forme animale. J'ai choisi la seconde option. Je travaille à peu près gratuitement et je dois garder cette forme animale en tout temps. C'est une vie fort ennuyeuse. J'ai souvent envie de ruer dans les brancards, et je n'ai pas pu monter une femelle depuis mon arrestation. En entendant votre histoire, je me dis encore une fois que j'ai fait le mauvais choix.

Il avait l'air triste.

— Donc, madame, où puis-je vous emmèner?


Images

Quelques images pour vous inspirer. Certaines exigent d'avoir 18 ans. Elles ne sont pas à moi et risquent de disparaître...