User:Forestier/Les Trois Souhaits

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Les Trois Souhaits

Author: Forestier
Magie moderne. Une version moderne de la classique histoire des trois souhaits. Certains fantasmes doivent rester des fantasmes...

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This story contains adult content.





Souvent, la nuit, je rêve. Je rêve que tout est redevenu comme avant. Je rêve que je suis dans mon lit avec ma blonde, me pressant contre son dos, tenant un de ses seins dans ma main. Puis je me réveille. Mon cauchemar reprend.


Premier souhait

Un jour, j'ai reçu un courriel. Il était intitulé «Un génie en formation vous offre trois souhaits». Bien entendu, je l'ai mis à la poubelle — les filtres anti-pourriels ont souvent des trous, avais-je pensé. Après tout, combien de fois m'avait-on offert un diplôme «d'une université reconnue» ou m'avait-on proposé d'améliorer ma virilité? Toujours en anglais, bien entendu! Tiens, celui-là était en français.

Étrangement, il a refusé d'aller à la poubelle, ce pourriel, et il s'est plutôt ouvert de lui-même. J'y ai jeté un coup d'œil et, à ma grande surprise, l'auteur me connaissait très bien: ma situation de famille, l'état de mes finances, même mes rêves secrets, que je n'aurais jamais osé dévoiler...

J'ai donc cliqué sur le lien. Sur un décor qui faisait très «Mille et une nuits,» j'ai pu voir un clip présentant une jolie et jeune femme habillée en «génie» m'expliquer, en m'appelant même par mon nom, qu'elle avait besoin d'offrir trois souhaits gratuitement dans le cadre de sa formation. Elle m'avait choisi suite à une visite que j'avais faite avec ma blonde et nos enfants quelques jours plus tôt à un stand de diseuse de bonne aventure, dans un parc d'attractions. Elle me répétait les «prédictions» de la dame, ajoutant qu'elle pouvait rendre réels ceux qui me semblaient les plus désirables.

J'avais le choix entre la rencontrer et lui envoyer un courriel. J'ai opté pour le courriel — je n'étais pas du tout persuadé que la personne à l'autre bout était aussi belle que dans le clip, et je n'avais pas tant de temps à perdre. J'ai demandé de la chance, de la chance dans la vie de tous les jours, mais rien qui pourrait paraître suspect. Ça ne peut pas nuire, la chance, n'est-ce pas?

Le lendemain, en allant au travail, l'autobus arrivait tout juste quand je me suis présenté à l'arrêt. Et il allait, me semblait-il, plus vite qu'à l'habitude. De plus, ai-je noté, l'averse s'est terminée quelques secondes avant que j'aie à descendre. Cette histoire de génie serait- elle vraie?

En tout cas, avant de me mettre à l'ouvrage, j'ai consulté mes courriels et j'ai pu constater que j'avais reçu une réponse. Mon souhait était exaucé, disait-elle, et je pourrais faire le prochain d'ici un ou deux mois, le temps que mon bon génie se repose — il paraît que c'est fatigant, la vraie magie.

La journée passa très bien. Les dossiers que j'avais à traiter étaient inhabituellement simples, donc rapides et payants. Ça allait bien.


Voyant ma chance réelle, j'ai décidé d'acheter un billet de loterie. Je n'allais pas pousser jusqu'à espérer en trouver un par terre, quand même! Le gros lot était d'un grand nombre de millions de dollars et, comme de fait, j'ai gagné!

Quel changement ce fut pour nous! Et je n'avais qu'à dire que j'avais obéi à une envie toute simple, non? Nous avons finalement pu nous acheter une maison ensemble, une belle et grande maison, dans un beau quartier, pour ma blonde, moi, mes enfants et ses enfants, et tous les inscrire dans une école près de la maison — c'est fou ce que l'argent peut aider à faire réussir un examen d'entrée!

Évidemment, nous avons quitté nos emplois. Le mien n'était ni très intéressant ni très payant, et le sien la stressait beaucoup. Nous avons commencé à nous investir dans quelques organisations et à avoir du temps pour nous deux et pour la famille.

J'ai enfin pu réaliser quelques rêves. J'ai acheté deux vélos à position semi-allongée, pour le confort et la performance, un pour moi et un pour ma blonde, et je partais, parfois seul, parfois en couple, parfois avec mon fils et mon beau-fils, parfois avec des groupes, pour des voyages d'un jour ou de quelques jours. J'ai même commandé un vélomobile à mes mesures. Je ne pourrais jamais l'utiliser, mais je ne le savais pas encore.

La vie était belle, mais, à près de 50 ans, je trouvais cela un peu tard...


Deuxième souhait

Finalement, j'ai trouvé ce que je voulais pour mon deuxième souhait. Comme on le sait tous, il faut bien faire attention quand on n'a que trois souhaits. J'ai pris mon temps pour bien formuler mon souhait, par écrit, en évitant toute ambiguïté. J'ai même écrit à mon génie pour bien comprendre les limites des souhaits. (Il y avait tout un texte d'instructions à ce sujet: ils sont modernes, ces génies, quand même!)

Pour dire simplement, je voulais la santé pour moi, ma blonde et mes enfants. La santé physique et mentale. Une longue vie en santé. Et, pour nous deux, quadragénaires, à la vue qui baissait et aux quelques cheveux blancs, un rajeunissement. Rien de spectaculaire ni d'instantané, juste une amélioration de notre condition physique. On pourrait toujours mettre sur le compte de nos loisirs l'amélioration de notre forme physique.

Ma requête fut acceptée, mais mon génie me mentionna qu'elle demanderait du temps à s'installer, et qu'il lui faudrait des mois pour s'en remettre. C'était vraiment de la magie exigeante, m'expliqua-t-elle.


Notre situation physique s'améliora peu à peu. Nous perdîmes du poids ainsi que des cheveux blancs. Notre vision redevint normale celle de nos 30 ans. Nous dormions mieux. Le cellulite de ma blonde disparut peu à peu, et notre libido augmentait. Avec tout ce qui pouvait s'ensuivre...

Même nos enfants se portaient mieux. Ils étaient plus concentrés et réussissaient mieux en classe.

Tout allait pour le mieux. Nous étions amoureux, en santé, riches, pas du tout désœuvrés, et nos enfants réussissaient bien à l'école et dans leur vie sociale. Que pouvait-on demander de mieux?


Troisième souhait

Mais il me fallait un troisième souhait. Les deux premiers avaient donné de si bons résultats que je ne pouvais pas m'arrêter là.

Bien sûr, on m'avait expliqué que mes attentes devaient avoir des limites: pas question d'obtenir la paix dans le monde, ou même la fin d'une petite guerre, ou bien le salut écologique de l'humanité. Ces souhaits demanderaient tant de changements chez tant de personnes que la tâche était impensable.

Je décidai donc de me rendre chez mon génie. Dès que j'envoyai le courriel requérant un rendez-vous, je me trouvai transporté instantanément dans la salle «Mille et une nuits» dont j'avais vu l'image le premier jour.

Dans ce décor et après ce «voyage», tout me semblait possible et je me mis à rêver au souhait que je pourrais demander.

— Je voudrais changer de corps avec Nathalie — c'était le nom de ma blonde. Je voudrais pouvoir passer pour elle devant tout le monde et donc avoir toutes les connaissances nécessaires et, de même, qu'elle puisse passer pour moi de la même manière. Et il faudrait que le changement se fasse sans qu'elle panique.

À ma grande surprise, mon génie ne le parut pas du tout, surprise.

— Je m'attendais à quelque chose du genre, vous connaissant. Pour combien de temps, l'échange?

— Combien de temps... Disons tant que nous ne voudrons pas revenir dans nos corps d'origine. Vivre ainsi, c'est sans doute comme les pays étrangers: on aime les visiter sans nécessairement vouloir y vivre.

— Très bien. Je crois pouvoir faire ça. Je ne sais pas combien de temps il me faudra pour tout mettre en place, mais vous verrez bien quand je serai prête, non? En plus, il s'agit d'une magie tellement puissante que je suis certaine d'être reçue génie diplômée.

Et elle m'embrassa. L'idée de changer de corps m'excitait tellement que je lui rendis son baiser, et même plus.


Laissez-moi m'expliquer. Je ne me suis jamais senti né dans le «mauvais» sexe ni n'avais éprouvé le désir de me déguiser en femme. Je portais parfois des kilts, mais toujours dans une optique masculine, quoi qu'on ait pu en dire ou en penser. Ma barbe en faisait foi.

Mais je m'étais toujours demandé ce qu'on «éprouvait» à être une femme. À avoir des seins et une vulve, un joli visage et des hanches généreuses. J'avais toujours aimé le corps des femmes, et je rêvais d'en posséder un... pour un temps. De pouvoir me caresser, de pouvoir ressentir ce qu'une femme ressentait et qui semblait souvent si agréable.

Je savais que je n'avais que quelques jours ou quelques semaines avant le changement, et je les vécus pleinement. J'étais particulièrement amoureux, le rajeunissement aidant certainement, et je passai beaucoup de temps avec mes enfants, me disant que je devrais plutôt me consacrer à ceux de Nathalie quand le temps sera venu.

Cela arriva une nuit du printemps suivant. Je me suis réveillé... en fait, réveillée à côté de... moi, Stéphane. Après un moment de désorientation, je me suis souvenue de mon souhait. J'avais envie: quelle romantique introduction aux mystères du beau sexe! La sensation était à la fois semblable et différente, la pression ne s'étendant évidemment pas jusqu'au pénis. En faisant attention de ne pas réveiller... Stéphane, je suis allée aux toilettes. Ce fut ma première occasion de toucher ma vulve! Que c'est excitant: pisser et s'essuyer!

Une fois cette corvée terminée et après m'être bien lavé les mains, comme font toutes les femmes, je me suis mise debout et j'ai pris «mes» seins dans mes petites mains. Que c'était agréable! Je me suis mise à me caresser, mes seins, les hanches, puis je suis retournée me coucher en explorant les replis de ma nouvelle féminité puis, bientôt, en me masturbant. Mon plaisir montait, mais je savais que si j'allais au bout, je gémirais sans doute et je réveillerais Nat... Stéphane. De plus, je savais par expérience que ce serait sans doute assez long et difficile d'obtenir un orgasme de cette façon. Un peu frustrée, je me suis collée contre mon chum, mes seins contre son dos, et tentai tant bien que mal de me rendormir.


Bien sûr, Nathalie fut «énormément» surprise de se réveiller en homme et avec une énorme érection. Mais il ne paniquait pas; c'était toujours ça de pris!

— Mais qu'est-ce qui se passe? C'est bien toi, Stéphane?

— Oui, c'est moi. Je ne sais pas ce qui se passe, mentis-je, je me suis réveillée comme ça. Par contre, je crois qu'on pourrait rendre ça intéressant, non?

Je l'embrassai, un peu surprise de sentir sa barbe contre ma bouche et de trouver cela agréable. Je caressai son pénis puis, me sachant prête depuis longtemps, je passai par-dessus lui et entrepris d'introduire son pénis en moi.

— Mais qu'est-ce que tu fais donc?

Je me fis taire d'un autre baiser. Notre première expérience sexuelle fut brève mais satisfaisante. C'est sans doute toujours le cas. Introduire son membre dans mon vagin tout humide me procura une sensation incomparable de plénitude et d'accomplissement. Mon plaisir monta rapidement, le sien aussi, pouvais-je voir, et, lorsqu'il éjacula, les frémissements qui accompagnèrent son orgasme m'amenèrent à ce que j'interprétais comme le seuil du mien. Comme cela arrivait souvent à Nathalie, j'étais tellement près du but que je dus faire les derniers pas à l'aide de mes doigts. Cesser ici aurait été de la torture.

Wow! C'était donc ça, l'orgasme d'une femme! Des ondes de plaisir envahirent tout mon corps, me laissant toute molle et satisfaite, mais avec le gout de remettre ça tout de suite!

Mais Nathalie, dans le corps de Stéphane, avait reçu tout le contre-coup de son éjaculation. Il lui fallut quelques minutes avant de reprendre entièrement ses esprits, minutes pendant lesquelles je me pelotonnai amoureusement contre lui, me rendant compte à quel point la peau d'une femme pouvait être sensible au toucher.

Ma peau était sensible, mais mon nez aussi. Dieu que ça sentait le foutre dans la chambre!


Et Dieu que c'était vrai qu'une douche pouvait être jouissive!


Devant le déjeuner, Nathalie devenue Stéphane me demanda si je croyais à la magie.

— Eh bien, on n'a pas trop le choix de croire que ça existe bel et bien. Regarde ce qui nous est arrivé depuis quelques mois. D'abord, nous gagnons à la loterie. OK, ça peut être de la chance. Ensuite, notre santé qui s'améliore. Puis finalement, ça.

— Mais qui nous a fait ça? Et qu'est-ce qu'on va bien pouvoir faire?

— Moi, je vois ça comme une expérience sans précédent, peu importe d'où ça vient ou de qui ça vient. Je te propose de jouer le jeu: faisons ce qu'on avait prévu, chacun à la place de l'autre. Ça va être amusant, non? Tu n'as pas aimé comme on s'est réveillés ce matin?

Son sourire revint.

— C'est vrai que c'était, comme dire? nouveau. Bien. Étourdissant. Assommant. En fait, j'aimais mieux ça avant.

— Tu vas t'y faire, mon grand. On se prépare pour notre randonnée, Stéphane?

— Pourquoi tu m'appelles comme ça. Je suis Nat, tu le sais bien?

— Je te regarde, puis c'est pas ça que je vois. On joue le jeu, oui ou non?

— D'accord... Nathalie.

Ça me faisait tout drôle qu'elle... qu'il m'appelle Nathalie.


Le jeu étant le jeu, je devais préparer le lunch qu'on s'amenait. D'habitude, je manquais toujours d'imagination en cuisine, mais, cette fois-ci, tout alla bien. Bien entendu, c'est Stéphane qui conduisait, et il ne cessait de se plaindre de l'inconfort d'avoir un pénis et des couilles tout comprimés dans son pantalon, et il se demandait bien comment il pourrait marcher des heures avec ça entre les jambes.

Cependant, c'est plutôt pour moi que la randonnée fut difficile. J'étais peut-être en forme, mais j'étais faible et petite. Mon soutien-gorge me serrait. J'arrivais difficilement à grimper certains passages, et l'aide de Stéphane était bienvenue, voire nécessaire. Et mes lunettes étaient toujours sales.

Stéphane, de son côté, commençait à apprécier d'être grand et fort (et pas myope, de surcroit). Il commençait à développer la fierté masculine de pouvoir m'aider. Et c'est vrai qu'il m'aidait et que j'en avais besoin.

Le soir, nous devions aller au théâtre. Nous jouâmes le jeu. Je mis une «petite robe noire,» des collants, des souliers à talons (pas très hauts, mais quand même), réussis à me coiffer et à me maquiller (ce que Nathalie faisait rarement, il faut le dire). Stéphane prit une douche, mit un pantalon (il se sentait toujours contraint dans les pantalons, et commençait à comprendre pourquoi je portais parfois des kilts), une chemise et un veston, et des souliers dont la démesure l'impressionnait encore. Le dîner fut bon, la pièce aussi, mais je m'endormis presque. La randonnée m'avait vannée, et deux verres de vin m'avaient presque achevée. Il allait falloir que je me surveille.


Malgré les désagréments, je continuais à apprécier mon corps si beau, si souple, si sensible, si désirable. Je me trouvais entre deux chaises, et c'était plus confortable que ce que le dicton laisse entendre: dans les vestiaires, au gymnase, à la piscine et sur les plages, je pouvais continuer à admirer le corps des femmes, sans même risquer une érection révélatrice, et je commençais à apprécier les regards appréciateurs des hommes. Et une vulve est tellement plus élégante et confortable qu'un pénis et un scrotum. Quant au nouveau Stéphane, il appréciait la maîtrise du monde et l'absence de peur que son nouveau corps amenait: il se sentait dominateur, en contrôle. C'était très bien pour moi. Je soupçonne cependant qu'il aimait bien tester sa nouvelle séduction avec d'autres. Je n'étais pas rendue là, d'autant que je n'avais jamais été très entreprenant. Je me satisfaisais de l'intimité que nous partagions, et on peut même dire que mon amour pour elle, enfin, pour lui, grandissait.

Bien entendu, même si je jouais très bien le rôle de Nathalie, je n'en étais pas une copie conforme. Je continuais à surfer sur des sites de bondage féminin, même s'ils m'excitaient moins qu'avant, et j'avais décidé de porter le moins souvent possible de soutien-gorge, ce qui horrifiait l'ancienne Nathalie. Je pissais même dans la douche! J'avais renouvelé sa garde-robe (lui aussi, de son côté, avec la mienne; et il s'était même fait couper les cheveux, que j'avais portés plutôt longs). J'aimais bien me faire bronzer nue sur le toit, j'aimais la sensation du vent sur ma peau et je suis même allée dans un centre naturiste; en tant qu'homme, j'avais peur de passer pour voyeur si j'y allais seul, et Nathalie refusait catégoriquement de m'accompagner.


Quatrième souhait

Eh non, il n'y a pas de quatrième souhait: relisez donc le titre. En fait, l'adresse courriel de mon génie ne fonctionnait plus, ni le site web. Mon souhait aller continuer tel que formulé. En fait, le titre de cette partie devrait être:


Comment j'ai créé un monstre

À la fin de l'été, Stéphane devait partir deux semaines pour participer à un congrès (c'est moi qui m'étais inscrit, mais c'est désormais lui qu'on attendait). Nous savions tous deux qu'il se débrouillerait très bien et veillâmes à ce que son nouveau portable contienne bien tous les renseignements utiles.

J'appréhendais un peu nos deux semaines sans sexe. Même s'il m'assurait de sa fidélité, j'étais un peu jalouse. Pour ma part, j'avais un peu peur de m'ennuyer, pas tant du sexe que de la présence de mon homme dans notre lit. Je m'y étais habituée.

Quoi qu'il en soit, j'avais un programme chargée. En plus de mon travail bénévole, de mon entraînement au centre sportif pour femmes, d'une sortie de vélo, entre femmes là aussi (je n'avais jamais tellement prisé l'esprit masculin de compétition), et bien sûr de ma présence auprès des enfants — et je ne savais plus très bien lesquels étaient les miens parmi les quatre, ni même ce que signifiait «les miens» — nous avions prévu des sorties avec mes nouvelles copines. Il y avait une séance au spa, avec un enveloppement à la boue chaude, et des dîners entre amies. Je me sentais bien avec elles, même si je devais parfois me mordre les lèvres pour ne pas prendre trop souvent la défense des hommes; il faut dire que je n'avais jamais vraiment aimer parler de chars et de hockey, et j'avais encore ce relent de plaisir masculin de me retrouver entouré/e de belles femmes.

Comme les nuits commençaient à paraître longues, j'ai fait une visite au sex-shop et, en même temps que je magasinais une petite nuisette sexy pour souligner le retour de Stéphane, je m'achetai un vibrateur. C'est étrange à dire, mais, à près de 50 ans, je n'en avais jamais tenu un dans ma main.

Bien sûr, cela me procura un orgasme mémorable — mais ne l'étaient-ils désormais pas tous? Cependant, je me languissais du corps de mon chum. Tenir mes seins dans mes propres mains ne m'excitait plus vraiment.


À bien y réfléchir, tout bascula au retour de Stéphane. Il avait un petit air, à la fois coquin et contrarié, que je ne lui connaissais pas.

Après que j'eus mis ma nuisette (Dieu que le satin est froid!), il me regarda assez longuement, mais pas vraiment avec une convoitise amoureuse.

— Tu sais que tu es une petite cachottière, ma Nathalie. À vrai dire, c'est plutôt l'ancien Stéphane qui était un grand cachottier.

J'ai eu peur qu'il ait découvert que tout ce qui nous était arrivé avait été une commande de ma part.

— Qu'est-ce que je t'aurais caché, mon amour?

— En fait, je te comprends. Si tu m'avais fait part de tes fantasmes, je ne suis pas certain que je serais restée avec toi. Cela m'aurait paru beaucoup trop dégradant. Mais j'ai regardé des vidéos que ton ordi avait conservés, et je dois dire que, maintenant, je partage tes intérêts. Tu es contente? Par conséquent, je suis persuadé tu n'auras aucune objection à porter ça. Non?

Il brandissait une paire de menottes. Des vraies menottes de métal, sans fourrure rose, des menottes comme sur les sites que j'avais aimé consulter. J'avais peur, mais je sentis en même temps une douce chaleur dans mon bas-ventre.

— Non, bien sûr. Tu es mon maître, répondis-je à la blague.

— À la bonne heure!

Et il me menotta au lit avant de me caresser et de me faire l'amour. Ce fut fantastique! Indescriptible. Je me sentais totalement vulnérable, soumise, et cela m'excitait tellement!

Par la suite, cependant, je dus déchanter.

— Tu ne me libères pas?

— Le plaisir des menottes ne réside-t-il pas dans l'impossibilité que tu as de les enlever? En tout cas, dans les vidéos que tu regardais, c'était le cas. Je pense que... je vais te les laisser. Bonne nuit.

— Mais, Stéphane, je t'en prie...

— Chut! Tu sais, j'ai aussi acheté ceci.

Il sortit du tiroir un bâillon à boule.

— Tu veux que je te le mette?

Je fis non de la tête — je n'osais plus parler.

— Alors, bonne nuit, conclut-il. Et il me tourna le dos pour s'endormir.

Je ne dormis pas de la nuit cette fois-là. Ou si peu.


Au fil des mois qui suivirent, des scènes semblables se répétèrent souvent. En même temps que j'appréhendais ces moments, je les attendais. Cela m'excitait, même si je dois reconnaître que je ne sais trop si c'était mon ancien moi masculin ou mon nouveau moi féminin qui était excité. Et plus je jouais la femme soumise, plus je le devenais vraiment.

Dès que les enfants étaient absents, Stéphane me menottait ou m'entravait d'une manière ou d'une autre. Tantôt j'étais menottée au lit, tantôt je portais des barres d'espacement aux chevilles et aux poignets. J'ai aussi porté un bandeau qui m'empêchait de voir, et même une camisole de force, de ces nouvelles modèles qui laissent les seins et l'entrejambe sans protection. Nous ne faisions pas toujours l'amour, mais il y avait toujours des caresses intimes.

Le plus transgressif, et donc à la fois le plus excitant ET le plus apeurant, c'était quand il me faisait porter des menottes aux poignets et aux chevilles ALORS QUE les enfants étaient présents. À leur âge, les chances qu'ils se précipitent en pleurant à la porte de notre chambre étaient nulles, mais leur seule présence sous le même toit rendait le tout si... hors-la-loi. J'en dormais à peine.


Parfois, cependant. j'avais envie de me rebiffer. Une nuit, environ un an après l'échange, il avait décidé de me laisser porter la camisole de force toute la nuit. J'eus le courage de refuser et de m'agiter dans tous les sens dans le lit, même bâillonnée, même si je savais qu'il était impossible que je puisse m'en échapper. Or, Stéphane avait tout juste fait aménager une nouvelle garde-robe dans notre chambre; c'est en tout cas ce que je croyais. Avec une force que je regrettais parfois, il me prit et me fourra dans la petite pièce.

Il ne s'agissait pas vraiment d'une cellule rembourrée comme dans les anciens asiles psychiatriques, mais le plancher et les murs étaient recouverts de tapis, ce qui revenait à peu près au même. La porte ne s'ouvrait que de l'extérieur, et il y avait une aération indépendante. IL M'AVAIT FAIT CONSTRUIRE UNE CELLULE! Et elle était minuscule: même petite comme je l'étais, je ne pouvais pas m'allonger. J'avais beau crier, je suis sûre qu'il ne m'entendait même pas.

Dans le noir et l'inconfort de ma «chambre» et de ma «chemise de nuit», je réfléchis longuement. Je n'étais plus du tout certaine de désirer continuer à habiter ce corps féminin. Lors les nuits d'automne et d'hiver, j'avais parfois ressenti cette peur que les femmes éprouvent sur la rue. Je commençais à en avoir assez du bondage sur lequel je fantasmais auparavant. Et d'avoir un corps de femme ne m'excitait plus vraiment. Cependant — et je commençais à avoir peur — Nathalie devenue Stéphane, j'en étais persuadée, savourait de plus en plus le sort qui lui était échu contre son gré. Si je me souviens bien de ce que j'avais demandé, l'échange ne prendrait fin que lorsque les DEUX voudraient revenir dans leurs corps d'origine. En y réfléchissant, j'étais convaincue que jamais Stéphane ne voudrait redevenir Nathalie, de peur que je lui fasse vivre ce qu'il me faisait vivre. J'étais coincée, et pas seulement dans cette cage. Aïe! Mon dos!


Au cours de l'été, alors que les enfants étaient partis dans des camps ou dans des voyages, Stéphane me proposa un séjour dans un centre de vacances. Une sorte de camp médiéval pour adultes, me précisa-t-il, ce qui m'intéressa: je me voyais en demoiselle en détresse que mon preux chevalier viendrait délivrer. Le centre se trouvait quelque part dans le nord-est des États-Unis, donc assez près de chez nous.

Le centre fournissait les costumes, et nous dûmes nous mesurer. J'aurais dû me douter de quelque chose alors qu'il mesurerait ma taille et la circonférence de mes fesses, mais je n'y voyais que du feu. Ce que je ne savais pas, c'était qu'il ferait part aux organisateurs de beaucoup d'autres mesures qu'il connaissait déjà, comme la circonférence de mes poignets, de mes chevilles ou de mon cou.

Dès notre arrivée dans notre chambre, j'appris que je devais porter une robe affreusement courte, appelée camisk, ainsi que la sirik, ces entraves qui relient cou, poignets et chevilles. De plus, on me mit un tatouage temporaire sur une cuisse: c'était une lettre K ornée. Nous nous trouvions dans un jeu goréen, et j'étais une esclave, une kajira, pour deux semaines. De plus, en temps que kajira, je n'avais aucun droit: on m'avertit qu'on me fouetterait — gentiment, mais pour vrai — si j'osais me plaindre ou désobéir.

D'entrée de jeu, on me sépara de Stéphane et on me mit dans un enclos avec d'autres kajiræ nouvellement arrivées. Nous devions apprendre: apprendre à nous asseoir, apprendre à porter la sirik avec élégance, apprendre à danser avec la sirik, apprendre à servir la paga (en fait, il s'agissait de bière), apprendre à obéir en silence. Nous fûmes toutes fouettées au moins une fois.

De plus, nous travaillions. Enchaînées deux par deux, nous devions brosser les chevaux et changer leur litière (je sais, il n'y a pas de chevaux sur Gor, mais quand même...). Nous devions laver et repasser le linge des hommes... à la main, selon la méthode traditionnelle.

Cela dura trois jours. Les nuits, nous les passions toutes ensemble dans une cage attenant à l'enclos: une vraie cage avec des vrais barreaux. Il y faisait froid et, pour nous réchauffer, nous nous collions les unes contre les autres, en essayait de ne pas emmêler nos siriks. Malgré la situation, malgré le froid, je ne pus m'empêcher de fantasmer: j'étais couchée collée contre plusieurs belles filles, et il me restait assez de ma psyché masculine pour trouver cela excitant. Les deux premières nuits, je me forçai à dormir, l'épuisement m'aidant, mais, la troisième, n'y tenant plus, je commençai à me masturber.

Bientôt, je commençai à gémir. Notre gardienne, une kajira d'expérience, se précipita aussitôt dans la cage et m'avisa. Réveillant toutes mes compagnes et avec l'aide de deux gardes, elle me sortit de la cage et me menotta, debout, dans la cour, les mains au-dessus de la tête. Je dus passer la nuit dans cette position inconfortable, et, au matin, c'est un seau d'eau glacée qui me sortit de ma torpeur.

Ce jour-là était jour du marché. Et la marchandise, c'était nous. Alors que nous étions toutes attachées et assises sur la grand place, notre professeur vantait nos mérites aux passants. Comme de raison, même si tous les hommes présents semblaient tour à tour s'intéresser à nous toutes et se désintéresser de nous toutes, ce fut Stéphane qui m'acheta. Le collier que je portais était déjà à son nom.

Il m'emmena dans sa tente, où il m'attacha à un anneau fixé au sol. Nous fîmes l'amour dès qu'il eut retiré sa tunique, alors que j'étais toujours enchainée. Par la suite, alors que je lui servais à boire et à manger, il me raconta qu'il avait passé les jours précédents en exercices guerriers: combats à l'épée avec bouclier, lutte, lancer du javelot, balades à cheval, à défaut de tarn volant. Il était gentil avec moi, mais il jouait le jeu: il appartenait à la caste des guerriers, une des plus élevées de Gor, tandis que j'étais une esclave, le repos du guerrier.

Ce soir-là, pour fêter la fin de notre formation et finir en beauté la journée du marché, il y avait une fête. Qui la préparait? Quelle question! Nous, bien sûr. Stéphane me «prêta» à l'auberge où je dus faire la cuisine tout l'après-midi. Et ici, faire la cuisine, ça veut aussi dire transporter l'eau et le bois: c'est la vie médiévale, la vraie! Et le tout nu-pieds, comme l'esclave que j'étais.

Le soir, je dus servir. Servir les hommes. Les hommes de plus en plus saouls, qui se permettaient de me pincer les fesses, de me caresser les seins, ainsi que ma sirik les y autorisait et que ma camisk les y invitait presque. Je voyais Stéphane me surveiller sans arrêt, sans trop savoir ce qu'il pensait mais sans pouvoir m'opposer aux souhaits des hommes, que je devais tous appeler «maîtres».

Stéphane ayant fini la soirée trop ivre pour me réclamer, je passai la nuit enfermée dans ma vieille cage. J'étais morte de fatigue quand on m'y enferma, et j'y restai jusque tard dans la matinée: tout le monde dormait dans le camp, et même si certains allèrent se servir dans les cuisines, on ne m'apporta rien.


Vers midi, Stéphane m'apporta du pain et de l'eau, qu'il me donna au travers des barreaux de ma cage. Je me mordis la langue pour ne pas lui demander quand je sortirais, ni même si je sortirais. Comme dit le proverbe goréen: «la curiosité ne sied pas à un kajira; elle justifierait qu'on la batte».

Il alla s'entretenir avec le gardien des esclaves, un des administrateurs du camp. Au bout de quelques minutes, Stéphane et lui revinrent avec notre gardienne. Celle-ci pénétra dans la cage et me demanda si j'obéirais. J'inclinai la tête. Elle me demanda de me laver l'entre-jambe puis me fit mettre debout, les jambes écartées. Alors qu'elle m'expliquait que mon maître n'avait pas du tout apprécié la manière dont je m'étais conduite la veille, elle m'installa une ceinture de chasteté, m'expliquant que je devrais la porter tout le reste du camp, sauf quand mon maître m'autoriserait à la retirer, dans sa tente. Lui seul aurait la clé.

— C'est fourni avec le forfait, conclut-elle. Bonne fin de séjour.

C'était une vraie ceinture, en bon acier solide, bien ajustée: je ne pouvais ni la bouger ni passer un doigt entre elle et moi. Elle avait ce qu'on appelle un bouclier secondaire, qui empêchait tout contact avec mes petites lèvres. Et il s'agissait du modèle avec un câble rigide entre les fesses. Je devrais le nettoyer après chaque selle. Mais cela empêcherait toute pénétration anale, que je n'aurais de toute manière jamais eu le gout de tenter.

Le reste du séjour passa très lentement. Souvent je suivais Stéphane dans ses activités, m'occupant de son cheval ou de ses armes. Je cuisinais pour tout le monde. Le soir, je servais ou je dansais — oui, avec la sirik et la ceinture, ce qui excitait beaucoup mon public. Je dormais dans la tente de mon maître, par terre, attachée à l'anneau. Il me rejoignait souvent, mais il retournait toujours terminer sa nuit dans son lit après m'avoir remis la ceinture. C'était infernal!


Quand le camp fut fini, nous ne parlâmes pas de tout le chemin du retour. Je lui en voulais, d'autant plus qu'il avait décidé de me laisser porter la ceinture. Il avait toujours la clé, et je ne me sentais pas la force de la lui enlever ou le courage de la lui réclamer, pas après deux semaines dans les vêtements et les chaînes d'une esclave.

À partir de ce moment, je portai toujours la ceinture. Il justifiait sa décision par la promesse que je lui avais faite de lui être fidèle, n'est-ce pas? Quand il avait été Nathalie, il ne m'avait jamais trompé, m'affirmait-il; moi, j'aguichais les hommes. Nous ne faisions l'amour qu'après qu'il m'eut menottée, ou bien dans la nouvelle pièce qu'il avait fait construire au sous-sol, où toutes ces activités étaient facilités. Un donjon, quoi. Mais ça arrive de moins en moins souvent, me semble-t-il.

Je ne peux même plus faire d'activité physique pour me défouler. Quand j'ai essayé de pédaler, je me suis retrouvée avec les aines douloureusement irritées. Stéphane m'a alors appliqué une crème, mais j'ai dû passer quelques jours dans le donjon et avec des menottes attachées à un collier. Je me contente de regarder mon vélomobile tout neuf, ou de faire de très petits tours. Quant à courir ou nager, c'est hors de question, vu le poids une ceinture de chasteté.

De plus, je reste seule la plupart du temps. En effet, à mon retour de «vacances», je suis allée casser la croute avec mes anciennes copines, mais comme elles me pressaient de questions sur mes vacances, mes amours, mon retrait du sport ou mon air abattu, j'ai préféré ne plus les revoir.

Et puis, je ne peux pas fréquenter des hommes, n'est-ce pas?

Pourquoi est-ce que je ne le quitte pas? En partie pour les enfants, en partie pour la honte que j'aurais de devoir exposer ma situation, en partie aussi parce que c'est moi, finalement, qui avais voulu tout cela, en dernière analyse. Et il y a aussi l'argent: c'est Stéphane (alors moi, mais maintenant lui) qui a gagné à la loterie, et c'est lui qui possède tout l'argent. Rien ne me dit que j'en aurais si je partais. D'autant qu'il m'abandonne un peu: de plus en plus, il part en voyage pour plusieurs semaines, me laissant moisir dans mon enfermement.

Il me reste les rêves. Celui d'être redevenue un homme, que tout soit revenu comme avant. Ou encore le cauchemar, celui d'être un homme portant une ceinture de chasteté (ce qui serait pire que ma situation actuelle) ou que Stéphane disparaisse avec la clé et que je doive rester chaste éternellement et sans répit. Et comme il prend souvent l'avion et apporte la clé avec lui...